Hatem Ben Arfa, ou le gâchis malheureux

En juillet dernier, Hatem Ben Arfa, footballeur francais de 27 ans, signe au club de l’OGC Nice. Destination improbable pour un joueur qui a 15 ans, était courtisé par les plus grands clubs européens, comme Barcelone ou Manchester United. Lumiere sur un joueur issu de la célèbre génération 87 (comme Benzema, Nasri, Ménez…), un joueur au talent inné mais a la trajectoire dramatique…

 

Hatem Ben Arfa est né en 1987 d’un père tunisien, Kamel, et d’une mère française, Sonia. Il fait ses premiers pas dans le football à l’âge de sept ans, au club de Voltaire Châtenay-Malabry.
Les années passent, le jeune Hatem montre ses talents et rejoint l’INF Clairefontaine. C’est là que les choses changent. Durant ces trois années au centre Clairefontaine (connu pour être le fief des équipes de France de football ), Ben Arfa fait partie du documentaire « A la Clairefontaine » tourné pendant 3 ans au centre d’entraînement. On découvre durant ce film ses talents footballistiques, mais aussi son caractère de « cochon » comme il le définit lui même. Le petit éclate aux yeux du monde comme un ado turbulent aux pieds magiques. Durant ces années, les plus grands clubs européens se l’arrachent : Ryan Giggs, l’icône de Manchester United, lui donne un maillot dédicacé. Chelsea l’invite à visiter ses installations. Le Barça envoie même un représentant pour rencontrer ses parents. La famille d’Hatem prend au fur et à mesure conscience du talent de leur jeune prodige. Le PSG, le club de cœur du natif de Clamart, est sondé. « Le clan Ben Arfa réclamait près d’un million d’euros pour un môme de 14 ans », dénonce Luis Fernandez, ex-entraîneur du club. C’est finalement Lyon qui décroche la signature du phénomène, moyennant un chiffre astronomique pour un jeune de 14 ans de 130 000 euros de prime à la signature et un salaire à quatre chiffres. « C’est la première fois qu’on investissait autant sur un jeune », reconnaît Bernard Lacombe, l’inamovible dirigeant du club.

Ce début d’histoire est malheureusement classique dans le milieu du football moderne, où les grands clubs recrutent de plus en plus jeune pour des sommes de plus en plus inimaginables.
Nous retrouvons donc Hatem Ben Arfa, 15 ans, en train de signer un contrat professionnel à l’Olympique Lyonnais. Le président de l’OL le présente comme le nouveau Ronaldo, Bernard Lacombe surenchérit : « En vingt ans à l’OL, je n’ai pas vu un gamin plus doué que lui avec un ballon. »  Son statut de superstar lui pèse. Face à cette notoriété grandissante, Ben Arfa se repose sur Michel Ouazine. Celui qui était le voisin du dessus de la famille, à Clamart, est devenu le tout-puissant homme à tout faire du joueur, ni agent, ni avocat, mais toujours présent pour les grandes décisions. Au point que le père du joueur, Kamel Ben Arfa, lui reprochera devant une meute de caméras, massées devant le siège de la fédération française de football, de lui avoir « volé son fils ». Il le traitera même de « gourou ».
Après deux saisons très prometteuses, Hatem découvre l’Équipe de France où il y marque son premier but dès sa première sélection. Mais d’une manière inexplicable, les choses se gâtent, comme sa relation avec Jean-Michel Aulas, le président du club, qui assiste aux performances de plus en plus médiocres de Ben Arfa. Celui que JMA considère « comme son fils », devient un « éternel espoir ». Lyon décide alors de s’en séparer à l’été 2008.
L’ailier rejoint alors l’Olympique de Marseille. Mais malgré un titre de champion, son nom va disparaître du onze de départ. Trop irrégulier. Trop caractériel. Trop égoïste. « Il doit comprendre que le seul talent n’est pas suffisant pour devenir un champion », analyse l’entraîneur Eric Gerets, passé par l’OM en 2008-2009. « Il met ses entraîneurs dans la merde », poursuit Didier Deschamps, son successeur sur le banc olympien. Tous, sauf un. Raymond Domenech, « le seul qui m’a compris » selon Ben Arfa. Raymond Domenech lui offre sa chance en équipe de France. Mais il l’écarte des listes pour l’Euro 2008 et pour le Mondial 2010.

L’aventure marseillaise tourne au fiasco malgré le titre de champion de France 2010, où ses relations se détériorent progressivement et deviennent catastrophiques. Hatem tente alors sa chance de l’autre coté de la Manche, au club anglais de Newcastle. Tout le monde veut croire au club de la maturité pour le jeune diamant français, même lui. Et encore une fois le début est prometteur, Ben Arfa retrouve le goût du football, et le niveau de ses performances remonte. Les supporters anglais sont tous fous de Ben Arfa. Il marque des buts exceptionnels. Mais sa carrière s’arrête brutalement lorsqu’il se fait découper la jambe en plein match par Nigel De Jong, boucher hollandais du football. Double fracture tibia-péroné de la jambe gauche, 6 mois d’arrêt. Et pourtant à son retour, il revient fort et accroche une place dans le groupe de l’Équipe de France à l’Euro 2012. Mais la suite est moins belle. La France fait un Euro moyen et à titre personnel, le milieu de terrain rend une pâle copie. Il parvient même à se disputer avec Laurent Blanc, sélectionneur de l’époque.
Rien ne va plus chez le natif de Clamart, qui enchaîne les contre performances depuis son retour en club avec Newcastle, se retrouvant à jouer avec les moins de 21 ans. Son prêt à Hull City pour se relancer n’arrangera rien. Il sombre progressivement.
En Janvier, il rompt son contrat avec Newcastle et tente de rejoindre Nice. Je dis bien « tente », car la Fifa annule le contrat. Ben Arfa ayant joué avec deux équipes différentes ( Hull City et les jeunes de Newcastle), le règlement du football internationale refuse qu’il signe sur la Côte d’Azur. Une nouvelle galère pour le joueur. Après six mois de chômage, il signe donc à Nice, où il s’éclate actuellement, avec 7 buts marqués. Il a même retrouvé l’Équipe de France en novembre dernier.

C’est donc à l’OGC Nice que revit Hatem Ben Arfa. Club qui sera peut-être le club de la maturité pour le milieu de terrain français, dont le parcours désole les amoureux du ballon rond. Un parcours pourri par son caractère, l’argent et son entourage. Sans oublier, les blessures, les mauvais choix et les mauvaises fréquentations. Une histoire qui devient malheureusement trop commune dans le football moderne, où des joueurs comme Mario Ballotelli, Abou Diaby (pour d’autres raisons) ou même Marvin Martin, sont (pour l’instant on espère, car ils sont encore jeunes) loin d’une carrière à la hauteur de leurs talents.

 

Stucky

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