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L’actualité sociétale : économie, droit, politique, sociologie…

Baiser autrement…

Non je ne parlerai pas dans cet article du sens sexuel du verbe « baiser », du moins davantage par métonymie. Petite précision faite, venons-en au fait. Quelques mois de confinement et un virus plus ou moins létal ont suffi pour freiner voire annihiler nos embrassades spontanées. Faire la bise est devenu un acte qui nécessite préméditation et méfiance, du moins envers des inconnus ou moins proches. Le temps des salutations à la bise est-il révolu et doit-on réfléchir à une nouvelle manière de nous saluer ? Tintintin.

Le COVID-19, sous son aspect microscopique a déboussolé nos habitudes les plus irréfléchies et spontanées, notamment nos embrassades. Je préciserai évidemment que je ne parlerai ici que de la France, car en tant que française je ne pense pas faire trop de bévues. Car le baiser n’est pas universel et les occasions d’y avoir recours sont diverses et variées. Il peut être frivole ou formel, social ou amoureux, familial ou amical, mais ces derniers temps, il a été soudainement proscrit de nos existences (ou du moins déconseillé). Le baiser est un mouvement aussi spontané que celui de se nourrir et on le reproduit naturellement depuis des générations. Profitons de l’occasion que nous offre cette pandémie pour questionner ce geste, ses origines et son avenir incertain.

Le baiser, aussi connu comme « bise » ou « bisou » n’a pas toujours fait partie de nos coutumes les plus incontestées. Cependant cette pratique est très ancienne et réglée. Au Vème siècle avant l’ère chrétienne, Hérodote (il aurait pu se vanter d’en avoir été le premier historien) remarquait que chez les Perses, on pouvait distinguer plusieurs manières de se saluer qui permettaient de déterminer la classe sociale de chaque personne. Ainsi deux personnes de même rang s’embrassaient sur la bouche, mais si l’une était d’un rang un peu inférieur, elles s’embrassaient sur les joues ou si elle était d’un rang franchement inférieur, elle s’agenouillait et se prosternait devant l’autre personne.
Cette pratique fut importée en Occident par Alexandre Le Grand puis popularisée par l’Empire romain.
Étymologiquement, le baiser vient du latin basiare, basium mais son sens s’est ensuite décliné en trois vocables : le basium donc, à l’origine respectueux puis tendre et cordial ; l’osculum, civil et solennel et le suavium, sensuel et charnel.
Au Moyen-Age, le baiser est toujours d’usage pour se saluer, mais pas en toutes circonstances, seulement lors de retrouvailles de proches et au sein d’une famille. Le baiser buccale se pratique dans un cadre religieux et cérémonieux chez les chrétiens à la messe, c’est le baiser de paix ; mais également entre un seigneur et son vassal qui scelle leur contrat indéfectible, tout aussi sacré.
Cependant le baiser est réservé aux hommes, aux « égaux » ! Évidemment le Moyen Age ne plaçait pas la gente féminine – la Reine d’Angleterre y compris – sur le même piédestal que les mâles patriarches.
Mais comme beaucoup d’autres choses, le baiser va évoluer avec l’arrivée de la Renaissance, et toute sa valeur cérémonieuse et sacrée va progressivement s’effondrer.
Le baiser sur les joues se démocratise et celui bouche contre bouche devient l’exclusivité des amants et prend par conséquent une tournure plus charnelle.

La bise est un rituel, il ouvre ou ferme une rencontre et est assez codifié (on notera le nombre différents de bises, le côté par lequel on les commence).
Le baiser fut longtemps ignoré par les penseur.euse.s, historien.ne.s et son origine est assez floue mais le baiser intime des amants (universel contrairement à ceux publics) est selon l’écrivain de Les Passions ordinaires. Anthropologie des émotions, David Le Breton,

« Une métaphore de dévoration, d’absorption de l’autre, la manifestation d’un désir de ne faire plus qu’un dans une sorte d’anthropophagie amoureuse ».

Il marque un premier pas dans une intimité partagée à l’adolescence où il peut être désiré autant qu’appréhendé.
Quant à la bise public, la bise de tous les jours, rituel journalier, elle ne s’effectue pas envers tout le monde. On va rarement spontanément offrir ses joues à un.e parfait.e inconnu.e dans la rue pour lui dire bonjour. D’après Dominique Picard, psycho-sociologue, “la salutation est ce que l’on appelle une reconnaissance identitaire, une façon de dire à quelqu’un qu’il n’est pas un inconnu, qu’il fait partie de notre sphère de connaissance. C’est une reconnaissance dont on a besoin pour se sentir exister aux yeux des autres”. En France, on est habitué à se toucher pour se saluer, enfin certaines personnes, ce sont des rituels dans des rituels. Quand on commence à faire la bise à quelqu’un, on maintient ce contact rituel, car le briser ou l’arrêter peut changer les relations.

Quand on voyait déjà la spontanéité de la bise s’estomper envers les personnes que l’on ne connaît pas trop, celle-ci risque de disparaître dans ce monde d’après, du moins pour un temps. Les rituels de salutation sont en mutation et on voit de nombreuses alternatives aux bisous éclore un peu partout. Effectivement, on se met facilement à l’idée que faire la bise ne permet pas de respecter le mètre de distance réglementaire et le virus peut vivre sa vie comme il veut d’une joue à l’autre, ou d’un masque à l’autre…

Doit-on dire adieu à nos embrassades familières ? La peur de se faire contaminer viendra-t-elle à bout de notre bise ?

Il est vrai que les contacts seront plus limités et craintifs en public, le COVID-19 a fait d’autrui un ennemi, un possible danger, la menace de la contamination. Cette crainte va-t-elle perdurer par-delà la pandémie ? En tous cas, on n’imagine mal un monde sans embrassades, sans bisous. En France notamment, cela changerait drastiquement notre rapport aux autres, nous serions des humains différents. Cependant si de nouvelles habitudes s’installent dans nos vies lors de cette transition, elles se verront sûrement maintenues par la suite.

Évidemment, la bise – joue contre joue agrémentée d’un petit claquement de lèvres ou pour les plus entreprenant.e.s de lèvres baveuses – ne disparaîtra pas, enfin elle se maintiendra entre proches, ami.e.s et dans la famille comme geste primordial de la tendresse mais dans le domaine public ou professionnel, la distanciation sociale a certainement signé son arrêt de mort. En ces temps de post-confinement, on ne sait pas trop comment se comporter, doit-on ou non faire la bise ? On est dans un inconfort extrême, voire parfois un malaise. On aimerait faire la bise à quelqu’un aussi innocemment qu’avant mais par peur de se voir rejeter par un « non je ne fais pas la bise » franc, on passe pour un.e malpoli.e. Il est tout de même nécessaire de garder une reconnaissance envers autrui, même si cela ne passe plus par la bise, afin de ne pas l’exclure, de ne pas se séparer, se distancier.
Tant que l’amour et la tendresse se mêleront de nos relations, les bisous seront toujours au rendez-vous car ils sont une manière d’exprimer notre reconnaissance et notre affection.
Non le test au COVID-19 ne rentrera pas comme geste inévitable avant tout baiser, sensuel ou non au même titre que le test VIH.
Non les amant.e.s ne s’aspergeront pas la bouche de gel hydroalcoolique après chaque fusion de langues. On pourrait imaginer une société où les baisers se raréfieraient mais ils prendraient de fait un caractère on ne peut plus particulier, témoignage d’une confiance sans égal. Peut-être retrouvera-t-il de son essence sacrée et exceptionnelle qu’il avait au Moyen-Age ? Qui sait ?

Quelque changement qu’il se produira, nous nous adapterons. De toute manière cette période ne sera pas sans conséquences sur notre société, tant au niveau individuel que collectif.

En tout cas moi, je t’embrasse fort et te dis un dernier adieu. Je bise la Gazette Saucisse.

Anjela (illu. d’ Aerouann)

Réflexion sur l’art et la manière d’insulter son prochain sans ETRE soi-même une enflure

Je laisse tomber un crayon alors que je suis en train d’écrire, et un « Putaiiiiin » franc et agacé m’échappe. Pourtant je n’ai aucune intention de qualifier mon crayon de travailleur du sexe, je ne pense même pas que le terme qui sort de ma bouche est une déclinaison grammaticale de « pute ». C’est, comme bon nombre d’interjections injurieuses, devenu un automatisme, que je vais me faire un plaisir d’interroger, ayant cette habitude fantasque de prêter attention aux mots que j’utilise, et me sentant souvent stupide de retrouver dans ma bouche des mots bien loin de mes valeurs.

Au fond, au delà d’un familier « bordel à cul » facilement identifiable et compréhensible par toustes, qu’est-ce qu’une insulte? C’est un acte de langage, qu’on peut définir par son effet: vexer, blesser cellui à qui elle est adressée. La linguiste Dominique Lagorgette en parle comme d’un « projectile verbale », et souligne que l’objectif de destruction sociale/corporelle de l’insulte se retrouve dans nombre d’expressions communes : « mettre quelqu’un minable », « traîner quelqu’un dans la boue »…etc Il est d’ailleurs chose amusante de constater que chaque langue, sans exception, a son répertoire d’insultes : c’est un invariant du langage.

Elle se définit également par son aspect pragmatique (en linguistique c’est s’intéresser aux éléments du langage dont la signification ne peut être comprise qu’en connaissant le contexte de leur emploi) : les insultes s’inscrivent dans des rituels sociaux. Si les insultes qu’on connait toustes (je te laisse le soin de faire une liste dans ta tête) ont malgré cette familiarité gardé un impact, c’est grâce à cet encrage social, à la puissance que lui confère sa répétition. On peut par ailleurs remarquer qu’avec le temps/la distance géographique, certaines insultes peuvent devenir drôles (c’est pour ça qu’on va facilement rire en entendant un.e québécois.e s’exclamer « Tabernacle! »).

Les insultes qu’on utilise disent donc quelque chose de nous, de la société et de l’époque dans laquelle on vit, elles sont révélatrices de tabous, de valeurs, de ce qui est sacré ou profane.

Ce qui me préoccupe ici, c’est que beaucoup d’insulte ont été plus ou moins dé-sémantisées, (c’est à dire qu’elles ont plus ou moins perdu leur sens) car elles sont issues de rituels anciens. Qui aujourd’hui pense à une vulve quand iel traite quelqu’un de « con »? Personne, on est bien d’accord. C’est pour ça qu’on a pas forcément conscience qu’en utilisant des insultes comme « pd » ou « enculé » on alimente une homophobie systémique (notez bien que ça marche aussi avec les insultes racistes, sexistes, antisémites…etc la liste est longue).

Ici on va me faire plusieurs remarques.

Premièrement, « Et les personnes concernées, elles ont le droit d’utiliser ces insultes ? Parce que mon pote gay il dit qu’il est pd alors pourquoi j’aurais pas le droit ? »

Ça dépend beaucoup du contexte, il faut se rappeler que si le but n’est pas de vexer ce n’est plus vraiment une insulte. Ce n’est pas non plus un phénomène nouveau pour des minorités de se réapproprier une insulte pour vider ce mot de sa force pragmatique, et le revendiquer (par exemple « queer » ou « pute », ou encore le mot « négritude » inventé par Aimé Césaire pour revendiquer l’identité noire et sa culture). Même si ça devient un outil de lutte pour une minorité, ce n’est pas à l’abri de blesser des individus; donc mettons que tu sois hétéro et que tu veuilles continuer à dire pd « parce que c’est drôle », tu peux dans un premier temps réfléchir à d’où vient ce mot et pourquoi tu trouves ça drôle. Après tu t’arranges avec les gens que tu côtoies, je vais pas te dire ce que tu as à dire mais tu pourras pas dire que tu n’étais pas informé.e.

Ensuite, « RoLalA MaIS oN pEuT PluS rIEn DiRe! »

Retourne au début de cet article, y’a des trucs qui sont pas rentrés.

Sinon, tais-toi ?

Et enfin, « D’accord mais qu’est-ce qu’on dit ? J’ai pas envie d’alimenter des discriminations mais c’est pas simple de se débarrasser de certains automatisme. »

Ça c’est une vraie bonne question. Car une insulte qui sort du répertoire commun n’est efficace que si elle et bien ajustée, et si on fait trop dans l’original, on risque au mieux de se prendre un regard perplexe, au pire de se faire rire au nez (essayez de traiter quelqu’un de sycophante ou de fieffé coquin, ça marche pas trop).

Que faire alors, parce qu’on va pas se priver d’insultes ! Ça serait nier les valeurs cathartique, ludique, voire parfois affectueuse de l’insulte. Pour Dominique Lagorgette c’est même un rempart social régulateur, le dernier bastion de la politesse avant d’en venir à la violence physique.

Concrètement, ça passe d’abord par un travail long et pas facile sur son propre vocabulaire, mais aussi par reconnaître que c’est un débat de société qui concerne tout le monde, et qu’inventer de nouvelles insultes ne peut marcher que collectivement, et que de toute façon ça va prendre du temps, car changer le langage c’est changer les mentalités, et qu’on a connu plus simple à ébranler (sinon cet article n’aurait pas lieu d’être).

Mais gardons espoir, les sociétés, et donc le langage, ça évolue. Soyons créatif.ve.s ! Remplaçons « fils de pute » par « cuve à foutre », et un jour peut-être on pourra traiter son voisin de prurit le plus naturellement du monde.

Supercalifragili (texte et dessin)

Que du plaisir ?…

La masturbation, on en parle en cercle privé, mais aux yeux de la société, le tabou perdure encore. On va pas tout rejeter sur l’Eglise et le patriarcat, mais quand même…

Comme pas mal de sujets concernant la sexualité en général, peu de gens sont réellement informés sur la masturbation (la pure, la vraie). Et à ce moment là, on peut même parler des centaines de pays dans le monde qui considèrent la masturbation (particulièrement celle dite “féminine”, quel hasard) comme un énorme péché, tellement gros d’ailleurs qu’on coupe des clitoris à des jeunes filles, histoire qu’elles deviennent totalement esclaves de leur mari pour le restant de leur vie. Et là on peut dire que se branler c’est la liberté, et vos croyances/traditions qui atteignent à celle d’autrui, j’en vois pas trop l’intérêt.

La masturbation, c’est une source bien-être, elle permet de mieux connaître son corps et ses envies, de pouvoir s’épanouir dans sa sexualité, elle améliore la qualité du sommeil et réduit le stress (en libérant des endorphines et de la dopamine qui sont responsables du plaisir blabla).

L’enquête CSF « Contexte de la sexualité en France » sur la sexualité des Français (Inserm, INED, réalisée en 2006), montre que 60 % des femmes âgées de 18 à 69 ans ont déjà pratiqué la masturbation et 95 % des hommes. Tu le fais si tu en as envie (ce qui paraît logique mais qui ne l’est pas forcément en fait), et oui on vit très bien sans aussi.
Vous avez vu le truc cool qui s’annonce, y’a de quoi poser un gros tabou dessus maintenant.

La sexualité c’est vaste, si tes envies, tes techniques ne rentrent pas dans le “cadre”,( parce qu’on doit pas le faire trop mais un peu quand même, et surtout pas de cette façon sinon t’es vraiment bizarre) c’est pas grave, c’est normal. Parce que si on est censé.es jouir juste en nous fourrant un doigt on ne va pas s’en sortir mdr. D’ailleurs, les techniques de masturbation sont multiples et c’est à toi d’explorer ce qui te convient, et là, juste là, t’as de droit d’aller sur google pour te renseigner parce que faut bien que ça serve un jour.
Si au moins une fois dans ta vie, tu as eu honte de te masturber (ce qui n’est pas si rare on va pas se mentir), que tu aies un pénis ou un vagin, ça relève bien d’un énorme blocage systémique mondial qui est loin d’être résolu, sauf si on décide tous ensemble d’aller coller des affiches de nos anatomies sur les murs de l’Elysée. C’est faux bien sûr haha. Presque.

Bref, en tant que jeunesse qui se respecte, les mentalités commencent à changer, et espérons que dans quelques années on aura tous la chance d’avoir une Jean Milburn dans nos lycées. En cassant les stéréotypes, on rend le monde plus libre.

Junie (illu. d’Aerouann)

La réalité de la téléréalité

Bon. Un petit retour à la consommation, mes amis.es, s’impose deux mois après la Saint Valentin. Alors non, je ne vais pas en parler. En revanche, je vais vous parler de Jordan et Jason tous les deux en kiffe sur Jennifer qui a déjà eu une histoire avec son ex Marcus qui lui-même est tombé sous le charme de Sabina, la meilleure amie de Jennifer, alors en froid avec cette dernière puisqu’elle préfère céder à la passion de l’amour plutôt que de… c’est super intéressant non ? C’est un peu la PDM sans l’écriture (tmtc les littéraires (quant aux scientifiques, lire vos cours de maths sera plus intéressant (quant aux autres, lisez la PDM))). Ceci étant dit, je compte plutôt exposer mon regard sur ce genre télévisuel dont vous avez pu déduire la spécificité : La téléréalité. PS : oui mon intro est claquée, j’ai pas un master de journalisme (j’ai pas de master en fait).

Vous avez tous déjà vu dans votre vie ou entendu parler de téléréalité. C’est donc un genre télévisuel qui met en scène des personnages (composés de célébrités et de personnes anonymes) autour d’une fiction (rarement palpitante) et dans lesquels ces acteurs vont devoir jouer un rôle que la production leur attribue et le poursuivre tout le long de la trame. Avant de parler de toutes ces caractéristiques, faisons un point sur les différentes catégories de la téléréalité :

– le classique : il n’a pas vraiment de nom (il vient de l’anglais reality show) et il consiste à isoler des candidats dans un lieu et un temps précis pour que les téléspectateurs puissent observer leurs comportements et leurs relations évoluer. Par exemple, les fameux « Anges » (à Marseille, chez les Ch’tis, à Ibiza, à la montagne, sur la lune… n’importe où en fait). Petite remarque : c’est très (trop) proche de la tragédie classique les gars (désolé encore pour les analphabètes passionnés d’algèbre ! pour votre culture G en passant ça c’est du Boileau : « Qu’en un lieu, en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli. »).

– le télé-crochet : malgré son nom très ringard, il est très populaire. Il consiste à mettre plusieurs candidats en compétition (de chant essentiellement), et le vainqueur gagne la possibilité d’enregistrer un album. Eh oui, « Star Academy », « L’école des stars », ou bien « The voice » sont de la pure fiction.

– une autre catégorie réunit des candidats anonymes avec des artistes (pour chanter ou danser) comme « Danse avec les Stars », ou « La France a un incroyable talent ».

– certaines téléréalités placent les candidats dans un milieu extérieur qu’ils ne connaissent pas comme un genre de survie : « Le trésor de Patagonie », « Koh Lanta », « Pékin Express » ou encore « The Hunger Games » (nan j’déconne , n’empêche que c’est pour bientôt).

– après, il y a juste des émissions uniques en leur genre (ce qui est différent d’une émission de qualité tout de même) : « Pascal le Grand Frère », « Super Nany », « L’amour est dans le pré »…

Voilà. Après ce petit répertoire, parlons du fonctionnement pour saisir l’envers du décor. Il faut savoir que concernant le budget et la rémunération de ces émissions, les productions font énormément de bénéfices et sont très rentables pour les chaînes de télévision.

En effet, les (pseudos) acteurs qui sont anonymes sont peu rémunérés, contrairement aux célébrités. De plus, il n’a que très peu d’effectifs dans la réalisation et dans la captation car le scénario est inexistant. Et surtout, ce genre d’émission attire massivement les téléspectateurs.
C’est donc pourquoi toutes les chaînes en France s’attachent sérieusement à la téléréalité qui fait incroyablement bien fonctionner la télévision.

Pour une moyenne de 700 000 € de factures du tournage, chaque émission peut faire rapporter à la chaîne plus de 2 000 000 € alors qu’une autre émission ne rapporte qu’environ la moitié de cela (selon Le Monde).

Dans l’évolution de la TV en France, certaines chaînes ont été créées pour ce genre de visionnages alors que ce qui était dit « sérieux » restait sur la première chaîne privatisée par l’Etat.
Mais désormais tout est mélangé : il peut très bien y avoir ce genre de diffusions « sérieuses » comme le journal de 20h sur TF1, et on peut autant regarder « Koh Lanta ». J’ajouterai une remarque : c’est bien pour le rendement que les producteurs et les diffuseurs tentent d’échapper à plusieurs procès concernant certaines émissions. Certains candidats qui ne sont pas payés par exemple. Ou encore des « accidents ». En 2013, dans « Koh Lanta », Gérald Babin meurt d’une crise cardiaque, suivi par le suicide du médecin du programme. Bien que cette affaire ait été portée devant l’instruction judiciaire de Créteil (Val-de-Marne), les dirigeants de productions n’ont même pas été mis en examen, et l’émission n’a rien fait d’autre que de trouver un accord financier avec les proches du candidat, et d’interrompre seulement quelques mois la saison.
Ce sujet est quelque peu révoltant, mais tournons notre regard sur nous-même, consommateurs. Bon si des gens n’ont vraiment jamais vu de téléréalité de leur vie, essayez d’imaginer, sinon cette conclusion n’a aucun intérêt pour vous. Si ce n’est nous-même, on connaît bien des proches qui regardent de la téléréalité tout en râlant ou en se moquant de ces sacrées têtes de cons. On dit souvent d’ailleurs lorsqu’on regarde ce genre d’absurdité que c’est pour « se vider le cerveau »… L’image est bien choisie dans cette expression : ce n’est pas ce que veulent les consommateurs que de se faire extraire toute leur cervelle et ainsi perdre la vie. Mais cette phrase révèle quand bien même une part de vérité. L’un des premiers grands succès de la téléréalité, produit par Endemol, s’appelle « Big Brother » (qui fait référence au roman 1984 d’Orwell) est tout de même un parfait exemple de cette belle ironie qu’est la surconsommation télévisuelle : on est observé de partout et on observe tout le monde.

Pour conclure sur une touche moins fantaisiste, il y aurait en résumé deux types de consommateurs.rices auxquels s’attendent les producteurs de téléréalité :

-celui/celle qui s’identifie dans les candidats et dans l’histoire.

-celui/celle qui, en se moquant des personnages faibles d’esprit, se différencie sans le savoir d’une classe sociale qu’il juge trop bête, trop populaire (voire trop pauvre) pour lui/elle.

Quel est le pire des deux cas ? (PS : oui ! ma conclu est aussi torchée que mon intro, si t’es pas content, va lire la BD au dos, ça se lit vite, c’est du dessin, c’est sympa et c’est pas de moi parce que je sais pas dessiner non plus !)

César (illu. de Marie)

Séparer l’humain de l’artiste… Hmmm….

Ces derniers temps, et plus précisément depuis le lancement du mouvement #metoo, la question de séparer l’humain de l’artiste s’est imposée. Après une cérémonie des Césars désastreuse où Roman Polanski pourtant reconnu coupable d’agression sexuelle et de viol a été nommé meilleur réalisateur, le débat est plus que d’actualité.

Tout d’abord, définissons l’artiste pour que l’on s’entende sur le terme que l’on emploie. Un artiste est quelqu’un qui, volontairement ou involontairement nous fait réfléchir sur nous-même et sur le monde qui nous entoure à travers l’exercice de son art (dessin, peinture, théâtre, écriture…)
Je pense qu’il est nécessaire de préciser que l’artiste n’est pas un être autonome et qu’il n’existe qu’à travers l’être humain.
S’il est facile d’accorder que lorsque l’œuvre d’un artiste contient des propos misogynes, sexistes, pédophiles, haineux, violents qui traduisent des actes commis dans sa vie (Matzneff), l’être humain est nécessairement accusé ; il est plus compliqué d’associer les deux dès lors que le comportement de l’humain ne se traduit pas dans son expression artistique ; c’est le cas de Céline, qui, bien qu’ouvertement antisémite, a écrit certaines œuvres qui ne contiennent aucun de ses propos haineux, ou encore celui de Peter Handke dont la victoire du prix Nobel de littérature a été contestée car il se serait positionné pro-serbe durant la guerre en ex-Yougoslavie mais encore une fois ses écrits ne traduisent pas de ses opinions. Lorsque, cette fois, l’humain ne s’en tient plus à des opinions mais en vient aux actes, la séparation devient difficile.

De nombreux artistes dont les œuvres sont reconnues et appréciées ont été accusés d’agressions sexuelles, de viols ou de féminicide mais néanmoins leurs œuvres ne contiennent souvent aucun propos susceptible d’argumenter l’accusation. Évidemment, une personne ne se réduit pas à quelques actes et/ou opinions mais tout de même cela dépend des actes. En effet, si j’apprécie un livre pour sa qualité littéraire et que j’apprends que son auteur a commis un viol, il me semble compliqué de continuer à voir l’œuvre et de fait l’artiste de la même manière (d’autant plus lorsque celui-ci est encore vivant).
Si, tout averti.e des actes de Polanski ou d’autres artistes qui n’ont actuellement pas été punis, je vais voir leurs œuvres – notamment J’accuse – je permets à ceux-ci de continuer à prospérer et par là, je cautionne leurs actes, je prends parti. Continuer à financer des artistes qui, en tant qu’être humain – si tant est que ces deux êtres soient séparés – sont accusés de viols, d’agressions sexuelles ou de féminicides participe à la stagnation, au non changement. Lorsque l’on voit Polanski être récompensé comme artiste aux Césars alors qu’il a commis des atrocités avérées en tant qu’humain je me demande comment l’on ne peut pas voir que ce sont une et même personne. Ne sont-ce pas les mêmes mains qui écrivent des scénarios, portent des caméras et touchent le corps de femmes sans leur consentement ?
De fait, je suis convaincue que si des artistes (que je ne différencie pas de l’être humain) accusés ne sont pas encore jugés et/ou punis, il est primordial de NE PAS continuer à les financer en allant voir, écouter ou lire leurs œuvres car ce comportement signifie : « Oh, t’as violé une meuf, c’est pas cool, mais tiens, je te donne de l’argent pour que tu continues ».
Belle perspective n’est-ce pas ? Je crois au boycott des œuvres dont l’artiste accusé est toujours vivant et non puni. Si on répudie les violences faites aux femmes (ce qui est, je l’espère une opinion commune) mais que tout de même, on continue à financer des violeurs et des agresseurs, il y a, vous en conviendrez, une légère contradiction entre nos idées et nos actes. Ce type de comportement stérilise toute avancée et les mentalités n’évolueront pas si l’on continue à se contredire de la sorte. Je dis : suivons l’exemple de Socrate et mourrons plutôt que de contredire la conduite et les idées que l’on défend (peut être pas mourir quand même hein).
Mais quand est-il de l’artiste décédé ? Sur ce point, vu que par définition, il ne peut plus recevoir les profits du succès de son œuvre, je pense que le boycott n’est plus nécessaire (si tant est que l’œuvre ne contiennent aucun propos violent, haineux ou autre).

Pour les artistes ayant purgé leur peine, libre à vous de choisir de continuer à apprécier leurs œuvres. Dans tous les cas, posez vous les bonnes questions, et demandez vous dans quelle société vous voulez évoluer.

Ainsi, même si dans certains cas il est plus facile de trancher que d’autres l’artiste et l’humain sont une seule et même personne. Je te propose donc de faire ta liste, de te questionner sur ce que tu vois ou écoute et sache que les choses ne peuvent bouger que si toi, petit individu que tu es, décides de bouger.

Il reste assez d’artistes qui sont intègres à eux.ellles-mêmes et sont bon.ne.s autant dans leur vie que dans leurs œuvres pour que tu ne t’encombres pas avec des personnes malsaines et dégueulasses.

Anjela

(image libre de droit sur pixabay.com)

La recherche scientifique en souffrance ?

La recherche scientifique en France va mal. Ou du moins c’est ce qu’on entend dans les médias quand on parle de recherche. Mais est-ce vrai ? Nous allons voir !

D’extérieur, elle semble bien se porter!  La France est classée 10ème pays au monde en matière de budget consacré à la recherche scientifique publique à hauteur de 2,23% de son PIB, soit près de 50 milliards d’euros. Cependant, on observe un recul marqué (-7.8%) des découvertes agréés en France entre 2017 et 2018. Partout ailleurs, la recherche se porte plutôt bien, voir explose comme en Chine (+15% de découvertes agréés).
Pour comprendre les raisons de ce déclin, il faut d’abord avoir une idée de comment cette recherche s‘organise. Dans le secteur public (les recherches subventionnées par l’état), elle se déroule dans les universités avec les fameux ‘enseignants chercheurs’, tandis que dans le privé, les chercheurs bossent dans les services Recherche et Développement.

La recherche, comme vous pouvez vous en douter, est un milieu très codifié et strict. Pour aboutir à une découverte qui pourra être reconnue par le milieu, un scientifique doit suivre 4 étapes. Tout d’abord, il doit choisir l’orientation de sa recherche. Dans le public, il existe un “Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche” qui ‘propose’ les grandes orientations des recherches universitaires. Vient ensuite l’étape de la programmation, dans laquelle on définit les priorités de recherche dans la thématique choisie. C’est aussi le moment de chercher un financement… Ceci étant fait, la recherche à proprement parler peut alors débuter. Là encore, la démarche du scientifique doit être rigoureuse et honnête pour pouvoir être reconnue par ses pairs. Cette démarche et ces résultats pourront enfin être évalués par le “Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur” qui s’assure de la validité des résultats avant qu’ils ne soient transmis au monde par les revues scientifiques.
Vous pouvez alors vous demander pourquoi on dit que cette recherche va mal. C’est vrai, tout a l’air organisé au millimètre et orchestré afin d’obtenir des résultats probants ! On possède de nombreux centre nationaux de recherche dans des secteurs différents et beaucoup de budget est réservé aux financement ! Par exemple, rien qu’en Bretagne, on recense 55 centres de recherche (dont un max d’ IFREMER). Cependant, cette surabondance de structures de recherche n’a que longtemps caché le problème aux yeux du monde. On se disait au vue du nombre de centres que la recherche devait être florissante : sinon comment pourraient ils être tous en activité ? Comment pourraient ils être financés? Et c’est bien là tout le problème: le financement ! Il est aujourd’hui extrêmement difficile de trouver un financement pour mener une recherche dans un secteur que l’on a choisi, ce qui fait que la recherche tourne au ralenti.

Faute de subventions, les chercheurs n’avancent pas !

Si davantage de financements étaient avancés pour une recherche, le scientifique en charge de cette recherche aurait alors la pression pour fournir des résultats concluants, autant pour donner raison à l’organisme qui l’a financé que pour publier un article scientifique français et prouver que notre pays est toujours sur les rails en matière d’innovation. Cette urgence à la publication pousse certains scientifiques à pratiquer une démarche d’investigation malhonnête, modifiant ou omettant

certains résultats d’expériences pour que leur thèse soit valable. Ainsi, on peut citer l’exemple d’un directeur de recherche du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) ,O. Voinnet sanctionné en 2018 à 2 ans d’inactivité, pour ‘malhonnêteté scientifique’. Ce biologiste avait manipulé ses résultats d’expériences pour arriver à une conclusion satisfaisante (ses conclusions ne sont toutefois pas contestées). Ce genre de scandale, bien que passé relativement inaperçu en France, est venu renforcer la mauvaise image qu’ont les étrangers de la recherche française.
L’une des solutions que trouvent nos scientifiques français pour lutter contre cette précarité de subvention et cette restriction dans leurs domaines de recherches est l’étranger (particulièrement les US). Partir bosser à l’étranger signifie pour un scientifique liberté d’action et financement accessibles.

Cependant; notre déclin est la matière n’est pas une fatalité ! Bien que discrète, la recherche française s’affirme encore dans des domaines pointus tels que les sciences de l’espace, certains secteurs de la biologie (immunologie, microbiologie), les maths et la physique. De plus, la recherche est, comme tout secteur d’activité, de plus en plus mondialisée. Les scientifiques collaborent tous entre eux quelque soit leur nationalité, si bien qu’il serait réducteur de qualifier une découverte comme réussite du pays d’origine de celui qui l’a publiée. En bref, la recherche a certes connu de plus beaux jours mais reste compétitive et pourrait l’être encore plus si elle réformait son système de subventions ! Vive la science et vive la France !

Margaux et Tiphaine

(image en Une libre de droit sur pixabay.com)

Science et journalisme : relation compliquée

Combien de fois avez-vous vu des infos type « ce laboratoire a découvert.. » ou « une étude révèle que… »? Le journalisme, dont le but est d’informer la population des actualités a parfois bien du mal à traiter de la science, vulgarisation ou fake news, la ligne est parfois très mince, accidentellement… Ou non.

La science tient une place importante dans notre société, de vos téléphone à votre maison, de votre hamburger au supernovas, mais une place secondaire, voire tertiaire dans vos journaux, papier ou en ligne, laissant plus de place à des sujets qui sont plus lus : politique, potins, mode, sports…
Pour rendre plus « lisible » la science, les journalistes doivent avoir recours à ce que l’on appelle la vulgarisation scientifique (simplifier pour mettre à la porté de tous). C’est une manière tout à fait respectable de traiter la science : il serait en effet complexe d’expliquer en détails les fonctionnements du moindre mécanisme et dommageable de faire que le journal soit un cours de svt supplémentaire. Quand elle est bien faite, la vulgarisation est un outil puissant permettant d’informer la population et d’inspirer de futurs chercheurs.

Cependant, à force de simplifier, de l’information se perd, ce qui arrive de plus en plus au cours du trajet de l’information, les articles ayant en effet tendance à vulgariser un article qui a vulgarisé un article qui a vulgarisé une étude scientifique.

L’information principale s’en trouve donc modifiée et le trait exagéré, parfois intentionnellement, surtout dans les journaux numériques, où le sensationnel est roi. Il est donc de votre devoir en tant que lecteur de faire attention à vos sources. Privilégiez les études scientifiques au journaux sensationnalistes :

Une erreur commune des journalistes est aussi, quand ils le font, de ne s’appuyer que sur une étude, or les études ont tendance à se contredire, à avoir parfois des résultats erronés. II est fondamental de s’appuyer sur un ensemble d’études pour émettre un bilan balancé, en effet si une étude atteint une conclusion contraire au consensus, il ne faut pas crier à la révolution, d’autres scientifiques vont se charger d’analyser l’étude, trouver ses failles et permettre de confirmer ou non la nouvelle théorie. Multiplier les sources est que nécessaire à la réalisation d’un article de qualité.

La success-story d’une fausse information scientifique
Pour illustrer ceci, prenons l’exemple la mémoire de l’eau, étude expliquant que l’eau aurait une mémoire de tout élément chimique avec lequel elle serait entrée en contact, et en garderait ses propriétés, saint Graal des partisans de l’homéopathie. Hors cette étude, largement répandue par les médias s’est avérée complètement aberrante du point de vue scientifique, les expériences impossible à reproduire. L’important conflit d’intérêt et l’absence de vérifications par d’autres scientifiques de l’étude ont confirmé la fausseté de l’étude. Cependant, cela ne l’empêchera pas de faire la Une du monde puis objet d’un documentaire sur France 5. Aujourd’hui, la mémoire de l’eau est encore affirmée comme vérité scientifique par beaucoup, et l’homéopathie utilisée régulièrement par 36 % des Français…

Maxime (texte et infographie)

Les réflexes à prendre

En tant que lecteur, il est important de vérifier la véracité d’une information, cela peut paraître compliqué, voila pourquoi je vais vous donner quelques astuces pour y voir plus clair.

– croisez les informations : regardez ce que d’autres journaux en disent, lisez les résumés de plusieurs études, bref multipliez les sources et les point de vue.

– remontez à la source : surtout en ligne, allez vérifier les sources de l’article, puis remontez à la source de cette source, ainsi vous verrez rapidement si l’information initiale provient d’une étude et si oui comment l’information a été déformée, ou bien si l’information provient d’un journal humoristique et/ou satirique.

– vérifiez la fiabilité de la source : une fois arrivé à la source, vous pouvez vérifier la fiabilité de cette dernière via des outils comme le décodex du monde ou bien le site hoaxbuster… Enfin, pour les plus scientifiques d’entre vous :

– vérifiez la méthodologie de l’étude : L’étude a-t-elle un échantillon de participant assez grand ? L’étude a-t- elle un protocole précis ? Est- il répliquable ? La différence avec le témoin est-elle significative ? Le facteur étudié est- il le seul qui a changé ? L’étude a-t- elle été étudiée par des pairs ?

CONTRE les comportements sexistes

Bonjour, bonsoir mesdames messieurs mesautres qui que vous soyez, j’aimerais que de là où vous êtes, vous m’accordiiez un moment de votre attention Ce sera bref je vous rassure car « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » (merci Boileau).

Un soir comme tant d’autres, j’étais tranquillement en train de me faire à manger ; et ce soir-là, mon frère mangeait avec moi et ma grand-mère. J’avais déjà remarqué sa manie de toujours vouloir tout faire, cette fâcheuse tendance de croire que toutes les tâches de la maison étaient siennes.
Mais ce soir-là, je crois que ça m’a sauté aux yeux. Ma grand-mère commence à lui faire à manger (alors que mon frère sait très bien se faire à manger seul), mais pas par gentillesse, non ça se sentait que non ; par une obligation tacite inscrite comme un mécanisme automatique en elle.

Irritée de la voir s’affairer en cuisine et qui plus est de se stresser, je lui intime d’arrêter ; j’essaie de la convaincre que ce n’est pas nécessaire, que mon frère peut très bien se débrouiller seul. A quoi elle me répond qu’il ne sait pas faire. Eh bien quoi ? Ce n’est pas en restant passif et apathique que ça va changer ; s’il n’essaie pas, évidemment qu’il n’y arrivera pas ! Elle ne m’écoute déjà plus.
Quand je la regarde j’ai l’impression de voir un robot, comme si elle avait été lobotomisée, formatée pour agir d’une certaine manière. J’ai beau lui répéter mes arguments maintes et maintes fois, ils passent comme un courant d’air d’une oreille à l’autre.
Je finis par lui demander pourquoi elle fait ça, pourquoi elle s’obstine à ce point. Et là elle me répond :

« Mais c’est un homme, c’est pas son rôle de faire la cuisine ».

Donc là vous comprenez bien que moi, je bous, je me sens exploser de l’intérieur. Outrée, choquée, abasourdie, ahurie je lui renvoie : « Attends, tu penses vraiment ça??! ». Elle me répond qu’aujourd’hui c’est quand même différent, tout le monde travaille donc on doit partager les tâches, tout en continuant de préparer le repas (notons également que ce repas n’était pas pour elle mais seulement pour mon frère).

Je bois un verre d’eau et une révélation s’ouvre à moi. Je prends conscience que malgré les avancées, les centaines d’années de servitude se sont profondément inscrites en nous, même en moi, je le sens. Certains réflexes tout cons mais corroborent le fait que cette soumission inculquée par une société patriarcale est organique, elle est en nous putain. On a beau être la plus féministe qui soit, ces comportements (avoir le réflexe de faire la vaisselle, de faire le ménage, de mettre la table etc.) sont comme l’un des programmes de base d’un ordinateur. Il faut énormément de temps pour l’éradiquer, car même une fois effacé, sa présence est encore palpable.
En outre, le comportement de mon frère est aussi le résultat du comportement des femmes qui l’entourent. Tout cela N’EST PAS verbalisé, et la plupart du temps (j’entends bien ne pas faire de généralisation évidemment), les garçons se sentent moins concernés que les filles quant aux tâches ménagères, ou du moins ce n’est pas instinctif de mettre la table, faire à manger, faire la vaisselle etc.
Il faut absolument mettre en parole ces choses-là. Il faut que tout le monde prenne conscience de son comportement, et se demande pourquoi iel fait telle chose. Pourquoi ai-je tendance à croiser mes jambes ? C’est confortable ou bien instinctif ? Pourquoi me rase-je ? Je n’aime pas mes poils, je trouve cela laid ou bien j’ai honte et peur du regard des autres ? Pourquoi fais-je à manger ? J’aime cuisiner ou j’y suis obligée par je ne sais quelle voix qui m’ordonne de le faire ?

On a beau dire que notre société évolue, qu’elle est plus tolérante et ouverte, il n’en reste pas moins que nous faisons cette société et que si nous essayons tant bien que mal d’enterrer (assez foireusement) ces comportements qui restent inscrits en nous, nous n’en faisons pas assez et nous continuons à piétiner sur place. Il faut foncer dedans, de toutes ses forces.

On ne peut vraiment pas s’en tenir à des acquis car il n’y en a pas. Si on se voile la face à éviter le problème par tous les stratagèmes possibles – par peur de déplaire, de déranger, de faire chier – on n’avancera pas, c’est certain. Alors on s’en fout de déplaire, de déranger ; on fait chier et c’est tant mieux !

Luther Us (illu. d’anjela)

Le costume est-il mort ?

Possédez-vous un costume ? Par costume, je veux parler ici d’une « Tenue d’homme constituée d’une veste et d’un pantalon assortis et éventuellement d’un gilet. » Aujourd’hui, le costume est en déclin si l’on en croit les chiffres. En effet, de 2011 à 2019, les ventes de costumes ont diminué de 58 %. En 2012, 15 % des hommes avaient acheté un costume dans l’année, contre 6 % aujourd’hui. Le costume vit-il ses dernières heures ?

Au même moment, on assiste à une véritable évolution vers la décontraction progressive des vêtements. Ainsi, vous connaissez peut-être le casual friday : une coutume suivie dans certaines entreprises qui laisse les employés s’habiller de manière plus décontractée le vendredi. Même les milieux les plus formels, comme la banque, tendent à se “casualiser”. Par exemple, la Goldman Sachs a récemment assoupli ses codes vestimentaires, n’imposant plus le costume-cravate tous les jours.

C’est en partie pour convenir aux jeunes, qui sont neufs sur dix à penser que les salariés au sein d’une entreprise sans obligations vestimentaires sont plus heureux et productifs.

Les codes changent avec l’arrivée des millenials qui n’ont pas l’envie de reprendre les costumes et conventions d’avant. La hiérarchie de l’entreprise évolue aussi. Les patrons et les managers eux-mêmes souhaitent se rapprocher de leur équipe en délaissant costume et cravate.  Alors le costume sera-t-il toujours présent dans 10 ans ? Assurément oui ! Sans l’obligation de porter un costume, la plupart des hommes s’en sépareront avec plaisir.

Le costume, en dehors des célébrations spéciales comme les mariages ou autres cérémonies, force est de constater qu’il se raréfie. Cependant, naît depuis les années 2000 et l’arrivée d’Internet une communauté d’hommes qui portent le costume avec passion.

Prenons l’exemple du marché du neckwear (les accessoires de cou, ce qui comprend les cravates, nœuds papillon, foulards…) qui représentait 1,8 milliards de $ en 1995 et qui est passé à 418 millions en 2009. D’un côté, le marché a baissé en volume, car moins d’hommes achètent des cravates. Mais la qualité de l’offre s’est largement améliorée pour répondre à des initiés qui n’ont pas les mêmes envies et besoins. Et aujourd’hui, cette communauté de passionnés est en pleine croissance, notamment grâce à de nombreux blogs de qualité qui partagent ces connaissances et cet enthousiasme pour l’art tailleur.

Le costume souffre aussi d’une image poussiéreuse auprès des jeunes, très liée au travail, qui laisserait peu de place à l’expression de ses propres goûts. Alors que non il n’existe pas que des costumes gris foncés et bleu marine tout lisse, mais une pléthore de choix !
Par exemple la diversité des tissus : matières, couleurs, motifs tailleurs… En 2013, la fabrique de tissus italiens Vitale Barberis Canonico comptait plus de 4 000 tissus ! Le choix des revers, 2 ou 3 boutons, deux ou trois pièces, etc., ainsi que les accessoires permettent au contraire de s’exprimer et d’affirmer son style par le costume. Cependant, le tailoring est très codifié et rempli de conventions. En effet, couleur des chaussures en ville, longueur des manches, de la veste…

Mais ces règles ont toutes une raison historique, ce qui les rend intéressantes ! Par exemple, selon la coutume, le dernier bouton d’une veste doit toujours être ouvert. Cela viendrait du roi Édouard VII (1841-1910) qui à cause d’un embonpoint ne pouvait pas boutonner le dernier bouton de sa veste, puis la cour s’y serait mise. Toujours aujourd’hui, il est de bon goût de respecter cette règle.

On peut reprocher au style tailoring de représenter un coût. Évidemment, car celui-ci demande des compétences rares et du temps. Un costume en Grande mesure nécessite 70 à 90 heures de travail, une paire de souliers peut demander plus d’une centaine d’étapes… Mais tout n’est pas perdu pour les petites bourses. La seconde main se prête très bien à ce style au vu de la longue durée de vie de ces vêtements. En effet, on peut retrouver des costumes, manteaux, etc. datés de 1950, 1940, voire plus ancien…

Vous connaissez déjà Vinted ou eBay. Il existe cependant des sites plus tournés tailoring : Savvy Row ou Le Vestiaire du Renard, des adresses inconnues du grand public… On peut alors accéder à des pièces uniques de grande qualité à un faible prix. Reste à trouver la perle rare !  Mais dans l’univers de l’élégance masculine, ce n’est pas tant le costume en lui-même que la philosophie derrière qui compte. On parle parfois de “fast-fashion”, une industrie du vêtement bas de gamme qui suit les modes et multiplie les collections.

L’art tailleur vise à contrario un vêtement et un artisanat de qualité, réalisé grâce à des savoir-faire uniques, qui malheureusement se perdent de nos jours, pourtant dans un monde qui se veut écologique et éthique.

Gildas (illu. de Lison)

Merci  à @croquissartoriaux sur instagram qui nous a autorisés à utiliser l’une de ses illustrations (en Une)

Le fléau des féminicides

Avant de commencer

Tout d’abord, il faut faire un point de vocabulaire. Qu’est-ce qu’un féminicide ? Qu’est-ce qui le différencie d’une violence conjugale, d’un viol, d’un homicide ? Contrairement à ce qu’on peut penser, le féminicide n’est pas seulement le meurtre d’une femme. C’est le meurtre d’une femme en raison de son sexe et par seul prétexte qu’elle est une femme.
Une violence conjugale peut inclure un féminicide mais aussi un agissement sexiste (une remarque insultante par exemple), une injure (publique ou non publique), un harcèlement sexuel (qui commence dès la deuxième injure ou le deuxième comportement sexiste), ou un viol (qui est pénalement différent d’une agression sexuelle, à tort, puisque tous deux sont séparés par l’acte de la pénétration, qui est et doit être pensé aussi réfléchi et grave que l’attouchement). Un homicide est un meurtre d’un individu par autrui, sans aucune distinction de sexe ou de genre, ce qui le différencie donc du féminicide. Un viol est un acte sexuel avec ou sans pénétration non consenti par les deux (ou trois, ou plus…) partenaires.
Et petit rappel : ceci N’est PAS un consentement quand la personne dit non, quand elle hésite, quand elle ne veut finalement plus, quand elle est forcée ou manipulée (par du chantage ou de la provocation violente), quand elle dort, quand elle est dans un état second ou inconsciente, quand elle est habillée sexy, quand elle veut séduire ou quand elle a envoyé un nude.

Ensuite, les raisons du viol n’ont aucun rapport avec l’origine du violeur, ni avec son expérience sexuelle, ni avec sa classe sociale, ni avec sa religion, ni avec la tenue ou le physique ou l’attitude ou l’âge de la victime… la seule raison, c’est le violeur. Et enfin, la culture du viol est ce qui favorise le viol.
C’est le manque d’éducation sexuelle et d’éducation du consentement mutuel, c’est la protection des agresseurs (Polanski c’est pour toi), c’est négliger l’urgence des faits, c’est parler « d’abus », « d’attouchement » pour qualifier les viols.

Pardonnez cette longue préface qui élargit du féminicide jusqu’au viol, mais je l’ai jugée nécessaire.
De la culture de la domination

D’après l’ONU on suppose que plus de la moitié des 87 000 femmes assassinées dans le monde en 2017 sont mortes de féminicides. En France, les statistiques montrent que le nombre de féminicides s’aggrave d’année en année. En 2019, 1 femme est tuée tous les trois jours par un proche. En 2020, 1 femme est tuée tous les deux jours par un proche. Ce n’est que trop peu relevé par le gouvernement, les médias connus et populaires, et les autorités. Et leur langage ainsi que leur inaction ont une grande importance dans la construction des stéréotypes.

Par exemple, autour de la polémique de Polanski (dont je ne traiterai pas l’ambiguïté de sa personne/artiste), le magazine Paris Match lui a offert sa Une avec la citation suivante : « On essaie de faire de moi un monstre ».

L’art ne nous aide pas majoritairement dans cette voie là non plus. On voit qu’il y a dans la majeure partie des films, des chansons, des livres de tout temps qui créent ces stéréotypes tout comme la culture du viol. La bête humaine de Zola qui date de la fin du XIXe siècle relate l’histoire d’un féminicide déguisé en malédiction héréditaire. Plus vieux encore, les contes comme la Belle au Bois Dormant où la Belle épouse un homme qu’elle ne connaît même pas mais qui vient de lui « arracher un baiser au sommeil ». Plus mystique encore : la guerre de Troie dans l’Iliade d’Homère change les femmes en marchandise, en butin de guerre et en objet sexuels.
Mais au XXe siècle on voit encore la femme qui refuse et finalement s’incline sous la soi-disant virilité de l’homme. Il était une fois la révolution, réalisé par Sergio Leone, débute sur une scène de viol cruelle qui caractérise pourtant le personnage principal auquel on s’identifiera pendant tout le film. Tout comme la culture du viol, on a inventé la culture du féminicide.

L’éveil collectif

Si peu d’informations sont relevés par agissements publiques que la grande majorité de ceux qui s’intéressent au sujet en apprennent par des gens. C’est d’ailleurs l’un des seuls points franchement motivants. Des mouvements d’activistes féministes se créent, en masse, pour montrer l’ampleur du massacre et dans le but de faire réagir l’Etat. Pour cela, il/elle collent des slogans dans les rues à partir de témoignages ou à partir de faits réels. C’est un mouvement illégal que de coller des affiches sur les murs.

Camille Lextray témoigne : « On était 7 à coller, on s’est toutes les 7 faites verbalisées, et les policiers sont arrivés au bout de trois minutes. Le nombre de témoignages de personnes qui appellent pour dénoncer des violences conjugales et que la police leur dit : on ne va pas se déplacer pour une dispute… On est arrêté plus facilement en France aujourd’hui quand on colle des affiches contre le féminicide que lorsqu’on commet un féminicide » (reportage de Konbini).

C’est ce que dénonce Ernestine Ronai (co-présidente de la Commission violences au Haut Conseil à l’Egalité Femme-Homme) : « La loi pourrait permettre beaucoup de protection, malheureusement c’est insuffisamment mis en œuvre » (interview de France Culture). Il est alors absolument nécessaire de considérer la dangerosité des hommes violents, et surtout de valoriser la crédibilité des victimes. Quand une femme révèle des violences lors d’un appel à un service social, ou à la police, il faut la croire et lui permettre de dire l’ampleur des violences, et notamment des premières violences qui sont les plus importantes puisqu’elles empêchent l’aggravation de la situation.

On connaît tous dans notre entourage une ou plusieurs personnes qui a vécu une relation amoureuse toxique, c’est-à-dire une relation où la personne ne se sent pas en confiance avec le/la/les partenaire.s, ou bien en danger et qui n’aboutit à aucune poursuite.

Qui sont les Incel ?

On voit que certains sociologues s’intéressent à une partie des hommes nommés « Incel » (Involuntary Celibate). Les incels regrouperaient les hommes célibataires hétérosexuels, en général âgés de 18 à 35 ans et qui ont un point commun : une haine envers les femmes qu’ils accusent d’être les responsables de leur célibat. On peut en effet constater qu’il y a des sites exclusivement masculins et interdits aux femmes. Mais ce n’est que de la pure contingence ! Il peut y avoir autant de personnes sans expérience qu’avec expérience qui peuvent avoir une haine envers les femmes. Il peut y avoir autant de personnes hétérosexuelles qu’homosexuelles, que pansexuelles (ayant une attirance pour les hommes, les femmes mais aussi les personnes non-binaires), que sapiosexuelles (ayant une attirance primordiale pour la relation humaine et intelligente avec qui que ce soit), que bisexuelles (ayant une attirance pour les hommes et les femmes), qu’asexuées (n’ayant pas d’attirances sexuelles) qui peuvent avoir une haine pour les femmes. Il peut y avoir autant de personnes hommes que femme, que cis-genre (appartenant au genre du sexe attribué à la naissance), que transgenre (n’appartenant pas au genre attribué à la naissance), que non-binaire (n’appartenant ni au genre masculin, ni au genre féminin) qui peuvent avoir une haine pour les femmes. Il n’est pas nécessaire d’être un homme cis-genre hétérosexuel pour haïr les femmes. Et surtout, tous les hommes cis-genre hétérosexuels ne haïssent pas les femmes. Heureusement ! Mais d’où viennent-t-ils alors, ces personnes qui haïssent les femmes ? Qui sont-ils ? Voici la réponse : ce sont tout simplement des gros cons. Plus sérieusement, des personnes en grand manque d’éducation et d’ouverture d’esprit humaine et relationnelle. C’est-à-dire qu’ils viennent de partout, comme pour les violeurs, comme pour les agresseurs.

Pour conclure, on sait que même si on agit massivement pour que l’Etat réagisse, c’est difficile de se faire entendre au niveau du gouvernement. Alors il faut bouger à notre échelle, rejoindre des mouvements, aider des proches, réfléchir sur la culture du viol et à la culture du féminicide, se remettre en question et se demander si l’on donne le comportement qu’on aimerait recevoir d’autrui… Je finirai avec cette phrase d’Ernestine Ronai : Ce n’est pas une mesure que l’on doit adopter. C’est un changement de mentalité. »

César

(photo libre de droit : slogan lors d’une manifestation à Paris contre mes violences faites aux femmes en novembre 2019).