Blockbuster, mon amour

Le prestigieux Festival de Cannes vient de s’achever. On y a beaucoup parlé d’art mais aussi d’argent… Car lorsque l’on parle de cinéma, il y a un sujet que l’on a du mal à éviter : celui des blockbusters. Difficile de ne pas parler de ces films à gros budgets et aux affiches clinquantes, à la manne financière qu’ils représentent et aux controverses qu’ils soulèvent. Alors, le blockbuster, à aimer ou à détester ?

Tout d’abord, intéressons à l’histoire du cinéma. La première projection est datée de 1895 à Paris, grâce au cinématographe des frères Lumières, mis au point la même année. Très vite, un marché et toute une industrie se forment. Ce sont les tout débuts d’Hollywood : simple ranch en 1886, il est rapidement rattaché à Los Angeles. De nombreux réalisateurs viennent en Californie à la recherche de conditions météorologiques favorables, de somptueux paysages mais aussi d’une main d’oeuvre moins chère et plus docile que celle de la côte Est. Dès lors, Hollywood devient le symbole de cette industrie cinématographique naissante, et de nombreux écrivains et artistes rejoignent les studios nouvellement implantés en Californie. La légende d’Hollywood est née.

Les budgets explosent dans les années 1910-20 pour répondre aux attentes grandissantes du public. Mais dès les années 1950, la télévision concurrence les studios, qui, la décennie suivante, se retrouvent au bord de la faillite. Au début des années 1970, la crise s’estompe et laisse place à l’ère des blockbusters.
Le terme est emprunté à la Seconde Guerre mondiale, où le blockbuster désignait la plus puissante bombe utilisée par les alliés (hors nucléaire) et que l’on pourrait traduire par : « faire exploser le quartier ». Le blockbuster est un savant mélange d’actions, d’effets spéciaux, de stars, dont le but est notamment de séduire les nouvelles générations plus éduquées et familiarisées au cinéma. Les budgets explosent une nouvelle fois, et les superproductions deviennent toujours plus coûteuses. La fréquentation des salles obscures repart à la hausse dès les années 1980, en rapport direct avec l’explosion de la consommation des biens de divertissement. La suite, vous la connaissez : le cinéma est aujourd’hui une industrie très prospère, malgré l’impossibilité de trouver des chiffres précis et fiables quant aux recettes générées.

Le genre est soumis à quantité de controverses et de critiques, sur lesquelles nous allons revenir. La première, et sans doute l’une des plus flagrantes, est le budget sans cesse croissant des superproductions. Par exemple, Titanic du réalisateur James Cameron, a coûté la bagatelle de 273 000 000 USD (en prenant compte de l’inflation). Face à de tels investissements, les majors (nom donné aux principaux studios des Etats-Unis) jouent gros. Un échec commercial est tout simplement inacceptable au vu des sommes engagées. Il faut minimiser les risques, en évitant notamment toute extravagance scénaristique, avec pour but de cibler un public le plus large possible. Cette logique avant tout commerciale est régulièrement accusée de brider toute créativité artistique.

Une autre critique récurrente est cette impression de redondance entre les films à gros budgets.

On pense, entre autres, à un scénario de fin du monde, une histoire d’amour etc… Cette tendance peut encore une fois être imputée à l’objectif commercial des blockbusters : il faut faire vendre. Les films d’auteurs sont donc éclipsés par les énormes ressources marketing allouées aux superproductions (bien que le genre connaisse un récent renouveau, grâce à des cinémas et des festivals spécialisés). On peut également citer le manque de mixité des acteurs, qui restent tous plus ou moins stéréotypés lorsqu’il s’agit de têtes d’affiches. Le beau gosse musclé et la fille au corps parfait seront immanquablement de sortie, de préférence blancs. Car oui, on ne peut pas dire que la diversité ethnique soit une priorité à Hollywood. Hormis Will Smith ou Omar Sy, on dénombre bien peu d’acteurs de couleur capables de décrocher des premiers rôles.

Enfin, les blockbusters sont parfois accusés de servir une certaine vision du monde, qui n’est pas sans rappeler celle des Etats-Unis. Certains dénoncent un « impérialisme idéologique » : les blockbusters seraient un moyen de diffusion de la culture, du modèle et des valeurs américaines. Prenons l’exemple (bien choisi, je vous l’accorde) de 300 : La naissance d’un empire.
Loin de moi l’envie de venir taper sur l’ambulance, mais ce film est suffisamment mauvais pour illustrer le propos. En effet, de nombreux éléments historiques y sont détournés pour des raisons scénaristiques, sans considération aucune pour la véracité des faits. Ainsi, Xerxès, le roi Perse, entouré de créatures monstrueuses, devient une figure du mal absolu, une figure de l’Antéchrist. Ici, l’Orient est assimilé au non-humain, et ses représentants déshumanisés pour être mieux combattus. En parlant de combat, il est intéressant de noter que les combats navals sont filmés d’une manière qui évoque le débarquement en Normandie. Dans 300, Sparte est assimilée à un monde occidental qui combat contre la vision raciste et surtout biaisée du monde oriental. Face à tant d’anachronismes et d’incohérences, on ne peut s’empêcher de penser que ce film est le résultat de scénaristes qui ne gardent de l’Histoire que des noms et plaquent sur les principaux protagonistes leurs fantasmes contemporains. Critiqué de toutes parts, ce film est rapidement devenu le symbole d’une Amérique qui diffuse son idéologie par ses productions culturelles.

Cependant, tout n’est pas si noir dans l’univers du blockbuster. Malgré les critiques évoquées précédemment, de réelles qualités se dégagent du genre. Si le mot est majoritairement connoté au monde du cinéma, il aura su inspirer de nombreuses autres industries, comme celle du jeu-vidéo, qui aura su créer des chefs d’oeuvres mémorables.

Si les budgets sans cesse croissants impliquent une course à la rentabilité, ils permettent aux réalisateurs d’expérimenter dans le domaine de l’image de synthèse, par exemple.

De plus, l’industrie du cinéma a réalisé d’immenses progrès technologiques, en partie liés à cette logique du blockbuster de « toujours faire mieux ». On pourrait notamment citer la démocratisation de la 3D, réservée en général aux films à gros budget.

Il faudrait également prendre conscience d’une chose. Si le blockbuster est conçu à des fins commerciales, c’est qu’il répond aux demandes d’un marché. Quoi de plus plaisant que de voir la Maison Blanche réduite en morceau, des immeubles partir en poussière, des superhéros déboîtant du méchant ? Il est évident que si nous ne raffolions pas autant de superproductions, le phénomène des blockbusters se serait essoufflé en un rien de temps. Car c’est un fait indéniable : le gigantisme et la démesure des blockbusters attirent.

Certaines de ces superproductions ont su marquer durablement des générations entières : aujourd’hui, qui serait incapable de fredonner la musique de Star Wars ?

Malgré les critiques, parfois justifiées, on ne peut que constater que la pop culture du XXè / XXIè est indissociable de ces films. Indéniablement, les blockbusters ont contribué à façonner le paysage culturel auquel nous sommes habitués, tant en bien qu’en mal.

Gaël (dessin en Une de Tristan et dans l’article de Blaise)

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