Auteurs de BD, un peu de considération, siouplait ?

Fin septembre, un projet de loi a fait pas mal de bruit dans le milieu des auteurs, celui de la loi de finances pour 2018, première loi de finances du quinquennat d’Emmanuel Macron, qui va grandement impacter les revenus des auteurs/artistes. Une bonne occasion de parler des réalités du métier (oui, c’est un vrai métier) d’auteur de BD, parce que ce ne sont pas juste des gens qui font des petits dessins.

Le point du projet qui a fait le plus polémique est la hausse de 1,7% de la CSG (contribution sociale généralisée). Il était prévu de compenser cette hausse par une diminution des cotisations d’assurance maladie et chômage, et pour les auteurs, scénaristes, plasticiens, photographes, sculpteurs, peintres, dessinateurs, etc… (ceux dont les revenus sont principalement issus de droits d’auteurs ou de vente d’œuvres) qui ne peuvent pas bénéficier de cette contrepartie, il a été prévu… Rien.

Constat catastrophique

C’est malheureux quand on sait que  »plus de 50% des auteurs de bande dessinée vivent sous le SMIC, un tiers sous le seuil de pauvreté. Et concernant les femmes, c’est pire. Elles sont plus de la moitié à vivre sous ce seuil. La précarisation des auteurs est réelle dans notre pays », comme le souligne Denis Bajram, auteur d’Universal war et secrétaire des États généraux de la BD. D’autant qu’avec cette hausse, cela fait environ 10% de pouvoir d’achat en moins pour les auteurs cumulés sur ces 2 dernières années.
Alors certes, le Sénat a supprimé la mesure en commission, le 8 novembre, et adopté le 15 novembre un amendement permettant de revenir sur l’absence de compensation de la hausse de la CSG pour les auteurs et les artistes (qui doit encore fait l’objet d’un vote favorable à l’Assemblée Nationale), mais ça n’a pas été sans mal.

Une trentaine d’associations, de syndicats et d’unions professionnelles se sont adressées au gouvernement dans une lettre, une pétition a été lancée par ses mêmes organismes après l’absence de nouvelles des pouvoirs publics, des associations ont été créées (Plume pas mon auteur !, par exemple) et j’en passe (beaucoup)… La députée Sabine Rubin a proposé fin octobre un amendement pour remédier au problème et s’est pris un  »avis défavorable » dans la tronche sans même avoir été écoutée par les rares députés présents (on trouve la vidéo sur Youtube, pour ceux que ça intéresse). Parce que voilà le fond du problème : les gens n’en ont rien à cirer.

Dans la tête de la plupart des gens, auteur de BD (là je ne vais parler que de ce métier là, parce que c’est le sujet que je connais le plus, mais c’est à peu près pareil pour les métiers du même genre) soit ce n’est pas un vrai métier ( »Ils font juste des p’tits dessins, c’est pas un vrai travail gnagnagna »), soit, pour ceux qui lisent un peu de BD, ce sont des gens bien installés, qui vivent aisément tout en vivant de leur passion, soit on-ne-sait-pas-on-s’est-jamais-posé-la-question. Et du côté des pouvoirs publics, ce n’est pas vraiment mieux, ceux-ci se contentant généralement de prendre un air sérieux, de se dire préoccupé(e) et conscient(e) du problème et… ne rien faire.

Un métier méconnu

Le fait est que peu de gens savent vraiment en quoi consiste le métier d’auteur de BD, et surtout comment ils sont rémunérés. En posant la question autour de moi, on m’a répondu qu’ils étaient payés à la planche, qu’ils touchaient les droits d’auteurs… Même s’il y avait parfois un peu de vrai, pour la majorité c’était très flou, voir opaque.

En réalité, quand un auteur signe un contrat avec un éditeur, il reçoit des avances sur droit, c’est à dire de l’argent pour vivre le temps qu’il fasse sa BD (6 mois, 1 an, 2 ans…). Une fois la BD publiée, il faut que les ventes remboursent l’éditeur avant que l’auteur touche quelque chose. En sachant qu’un auteur touche entre 8% et 12% (hors taxes) du prix, pour un album vendu à 14€, il touchera environ 1,3€ , éventuellement répartis entre le scénariste, le dessinateur, le coloriste… s’il y en a. Donc il faut vendre. Beaucoup si on veut réussir à en vivre. Sans compter les années à ramer pour se faire connaître (on ne devient pas l’égal de Vivès ou Sfar du jour au lendemain), l’absence de congé, de retraite, de vie sociale, le temps passé en festival et en dédicaces (non rémunérées bien sûr)…

Et nous, lecteurs ?

Alors quoi ?, me direz-vous. C’est bien gentil de râler, mais qu’est-ce qu’on peut y faire nous, humbles lecteurs, pour que les auteurs puissent continuer à créer, à nous raconter des histoires sans avoir à s’occuper de survivre ? Et bien c’est tout simple : soutenez les auteurs que vous aimez, financièrement (de plus en plus d’auteurs se tournent vers des plateformes de mécénat participatif, du genre Patreon ou Tipee en France), ou en partageant leur travail autour de vous, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, en leur laissant des commentaires gentils/constructifs… et surtout en arrêtant de s’en foutre. Merci. Bisous.

Je n’ai pas parlé de l’aspect  »pourquoi c’est comme ça ? » dans cet article déjà assez long, donc je vous renvoie vers le strip de Maliki  (ce sont les premiers concernés qui en parlent le mieux) : A la croisée des chemins,que vous trouverez sur maliki.com, qui explique tout ça plus en détail. Et comme vous êtes des lecteurs appliqués et investis vous allez le lire. Forcément.

Teïla (texte et dessin)

 

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