Titeuf contre attaque

En quittant le gouvernement en août dernier, c’est un cri de détresse et d’alerte que Nicolas Hulot lança au peuple français : la planète meurt, tout le monde s’en fout.

La faute à qui ? Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école ? C’est ce sacré Charlemagne, sacré Charlemagne ! Merci Charlou de nous avoir conduits vers des salles non climatisées et au chauffage douteux pour les trois quarts de la journée. Au programme ? Bachotage, bachotage et bachotage ! La pensée ? Pour plus tard. Penser est accessoire. Ce qui compte, c’est l’examen, capichi ? La conscience socio-politique restera quelques années de plus en gestation dans l’utérus cérébral. A la limite, un peu de philo en Term et c’est bouclé, sans oublier un petit bout de papier plié en 4 dans un carton à recycler comme simulation du vote démocratique. Avec les élections des délégués, ils seront prêts à plonger dans la vie active. Le développement citoyen se fait écraser par la peur du devoir d’anglais. Very well. La critique de l’information et l’enseignement de la vérification des sources ne sont une priorité que pour les deux-trois glandus qui bloquent Tolbiac. Ils découvriront les fiches d’impôts quand ils seront imposables, pourquoi gâcher le plaisir de la surprise ? De toute manière au collège, ils sont trop jeunes, et au lycée, ils sont trop cons.

L’Education Nationale protégera l’étudiant cupide des dangers de la réflexion, quelle brave héroïne !

Depuis la plus tendre enfance des 2000 les cris fusent dans tous les sens : plus de pétrole dans 30 ans ! Bientôt l’Antarctique ne sera plus qu’un glaçon de mojito ! L’humanité sera déjà irradiée de gaz nucléaires à la fin du siècle ! Enfin, bref, la fin du monde est proche, et inévitable. C’est à eux que revient la lourde responsabilité de gérer le monde ! En attendant, ils s’aligneront à genoux mains sur la tête devant les CRS en furie s’ils veulent faire porter leurs voix. Voilà ce qui arrive lorsqu’ils se détournent de Pokémon GO.

Nos grands-parents ont vécu la belle vie pendant les 30 Glorieuses (on a appris ça en cours d’histoire! 🙂 et maintenant on va ramasser la merde du monde. Que faire ? Aller la voir en story Insta ! Nous surconsommons l’information comme des publications à la chaîne. 6 secondes : temps moyen de lecture d’un article sur le net.

L’information est instantanée, rapidement mâchée et recrachée pour n’en prendre qu’une petite sensation. L’information n’est plus didactique, elle est sensationnelle.

Née dans un climat de terrorisme sensass avec les Twins de 2001, notre génération 2000 a la chance de pouvoir se ressourcer sur BFMTV en non-stop ou sur la page discover de Snapchat. Les parlementaires sont les nouveaux Anges, nous les regardons passivement et nous nous révoltons de la démission d’Hulot sur twitter pendant 3 jours avant de commander de nouvelles chaussures pour le Black Friday.

Tout ça pour dire que cette pauvre génération 2000 est certes totalement endormie face à tout ce qui l’entoure, mais ce n’est pas vraiment comme si on nous aidait à nous réveiller.

Si on prend la parole lors d’un repas de famille, la première réaction très pertinente des adultes à la sagesse infinie est de taire le novice petit 2000 sous prétexte qu’il n’y connaît rien. Alors forcément nous on laisse tomber, on laisse faire.

C’est peut-être en ce moment même que les choses bougent le plus. Déjà l’année dernière, les mouvements de grève de la SNCF et de la fonction publique ont été ignorés et infructueux. Avec les gilets jaunes, l’analogie avec une révolution se fait de plus en plus. Peut-être bien, mais c’est tout de même triste de voir que ce n’est que lorsque le Français voit ses moyens touchés qu’il se révolte, sans penser une seconde à tous les autres mouvements qu’il peut y avoir pour des causes bien plus défendables. Au moins, les choses bougent, et nous assisterons peut-être au recul du gouvernement comme on a pu le voir lors de la révolte contre la loi « Contrat Première Embauche » en 2006, mais encore une fois les gilets jaunes font l’objet d’une manipulation médiatique. Ils sont vus comme des casseurs, comme des fouteurs de merde, et même si tout le monde essaie de distinguer le manifestant correct du casseur, les médias ne mettent forcément en avant que les choses les plus sensationnelles : voitures brûlées, projectiles contre les CRS,…

Quant à nous, étudiants, nous sommes les premières victimes de cette image de débiles : dès qu’on manifeste, c’est « juste pour louper les cours ». Il suffit de regarder l’image atroce que la France avait de nous lors des manifestations de l’année dernière lorsque les facs ont été bloquées.

En attendant, la planète meurt, et tout le monde s’en fout.

Ethan et koup’

(image libre de droit)

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