Petit Paul, grosse polémique ou Comment une BD pédopornographique s’est retrouvée publiée dans une des maisons d’éditions les plus influentes.

Le 19 septembre dernier sortait un des deux premiers ouvrages de la nouvelle collection de BD porno « Porn’Pop » des éditions Glénat dirigée par Céline Tran. L’objectif de la maison d ‘édition avec cette collection est « d’utiliser les possibilités narratives de la bande dessinée pour parler de la sexualité dans toute sa diversité », en adoptant un point de vue quasi-pédagogique sans en oublier le côté divertissant. Pas de trash, pas de délire phallocentré, ça a pas l’air bien méchant jusque-là. Mais qu’en est-il donc de ce fameux premier ouvrage, réalisé par une des staaaars (vous l’entendez bien l’accent snob ?) de la BD actuelle, Bastien Vivès ? Ben la BD de cul marrante, décomplexée et safe, on n’y est pas. Mais alors PAS DU TOUT.

Petit Paul raconte l’histoire d’un garçon d’une dizaine d’années qui  »vit à la campagne avec son père et sa sœur Magalie. Et il est ce qu’on pourrait appeler un enfant précoce. Bien qu’il ne soit pas encore en âge de penser à la chose, le voici doté d’un formidable attribut difficile à dissimuler et qui déclenche chez les chastes femmes de son entourage les plus violentes des pulsions. À la ferme familiale, chez ses amis ou en classe, notre pauvre petit paysan se retrouve ainsi propulsé, bien malgré lui, dans des situations aussi lubriques qu’absurdes et embarrassantes… » (résumé disponible sur le site de Glénat), ou, si vous voulez qu’on vous le formule de manière plus directe : Petit Paul, 10 ans, a une énorme bite, et se fait allègrement abuser par toutes les femmes (adultes) de son entourage, incluant sa sœur. (Notez que Petit Paul est un spin-off des Melons de la Colère, autre BD de Bastien Vivès qui mettait déjà en scène le garçon et sa sœur à la poitrine monstrueuse).

WOUW, viol, inceste, pédopornographie, heureusement que ce génie de Vivès est là pour briser les tabous de notre société dis donc ! (accent snob, toujours)

Bizarrement, ça a choqué quelques personnes et la BD a été retirée des rayons des magasins Cultura et Gibert. Ah non mais je vous jure ma bonne dame on peut plus rigoler de rien, et puis c’est qu’un dessin quoi, ça fait de mal à personne, c’est juste pour se marrer, même la maison d’édition elle le dit ( »Il s’agit d’une caricature dont le dessin, volontairement grotesque et outrancier dans ses proportions, ne laisse planer aucun doute quant à la nature totalement irréaliste du personnage »*), donc c’est que ça vaaaaa !

Alors.

Dans une interview pour les Inrocks, Bastien Vivès se demande  »à quel moment on peut prendre ça au sérieux ? ». Ben moi je dirais à partir du moment où c’est illégal, ça me paraît un point de départ plutôt correct. Comme vous êtes tous spécialistes du Code Pénal je pense que ce n’est pas la peine que je vous parle de l’article 227-23, selon lequel le fait, en vue de sa diffusion, de fixer, d’enregistrer ou de transmettre l’image ou la représentation d’un mineur lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende, n’est-ce pas ? Bien.

C’est là que Glénat se défend, et réfute, dans un communiqué daté du 21/09/18,  »fermement et catégoriquement les accusations de pédopornographie dont Petit Paul fait l’objet ». Rappelons que leur argument majeur c’est  »Non mais il a un pénis immense et c’est cartoon donc c’est pas réaliste ». Représenter un enfant, ici d’environ 10 ans, avoir des rapports sexuels avec des adultes, non-consentis de surcroît, je crois pas trop m’avancer en disant que c’est de la pédopornographie mais passons, il a une grosse bite. Car  »c’est un ouvrage exclusivement destiné aux adultes » et  »aussi obscène et provocatrice qu’on puisse la considérer, cette œuvre de fiction n’a jamais pour vocation de dédramatiser, favoriser ou légitimer l’abus de mineurs de quelque manière que ce soit » (dixit Glénat).

« Favoriser ou légitimer », je suis d’accord, je ne dis pas que ça encourage (il est peu probable qu’un lecteur de Petit Paul s’en aille soudainement distribuer des bonbons devant les maternelles), mais ça NORMALISE, d’autant plus que l’éditeur, et Vivès lui-même, présentent l’ouvrage comme  »comique », comme il le dit dans une interview pour le Huffington Post :

« Si ce n’est pas excitant, j’espère au moins que les lecteurs se marreront. »

Ben oui, entretenir la culture du viol c’était pas assez fendard, avec des enfants, c’est quand même bien plus lol.

Ce genre de chose existe, et existera sûrement encore un certain temps, pas la peine de se faire d’illusion, non, le fond du problème c’est que ça soit publié et diffusé par une grande maison d’édition comme Glénat, avec toute l’exposition médiatique qui va avec, qui donc valide ce genre de contenu. En tous cas, pour la maison d’édition c’est une opération de com réussie. Là, la polémique est un peu retombée mais on en a parlé de Petit Paul, et Vivès a enchaîné les interviews. Par conséquent, est-ce qu’en parler encore, même pour le dénoncer, c’est pas finalement lui faire de la pub ? Je prends le risque, à vous de voir.

Supercalifragili (texte et dessin)

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