Le pétrole bleu, une solution viable ?

La nécessité de se diriger vers des énergies renouvelables et propres est devenue primordiale. Le pétrole bleu, c’est l’idée de Bernard Stroïazzo-Mougin, un Français vivant en Espagne et président de l’entreprise franco-espagnole Bio Fuel Systems (BFS), qui consiste à fabriquer du pétrole artificiellement à partir de microalgues (ou phytoplanctons) prélevées dans l’océan. Pour vivre, ces microalgues utilisent la photosynthèse, se servant donc de l’énergie du soleil, d’eau, et se nourrissant de gaz carbonique (CO2). Ces algues sont mises en culture à très forte concentration dans des tubes remplis d’eau. Après avoir filtré cette eau et les oméga 3 produits par ces végétaux, on obtient une sorte de « pâte d’algues » à haute teneur énergétique (9700kcal/kg) similaire à celle du pétrole fossile. En est ensuite extrait à très haute température ce fameux « pétrole bleu ». Se pourrait-il que ce pétrole artificiel soit une solution assez fiable pour se substituer au pétrole fossile ?

Cet algocarburant montre de nombreux avantages ; tout d’abord, il est totalement propre. Contrairement au pétrole fossile, il est dépourvu de toute trace de métaux lourds ou de soufre.

De plus, il présente un intérêt écologique énorme, un seul baril permet de neutraliser 938kg de CO2 qui ne retourneront pas dans l’atmosphère ; le principe étant de recycler le CO2 d’usines qui en rejettent, luttant ainsi contre l’effet de serre et, par conséquent le réchauffement climatique. Sans compter que la production de ces microalgues est inépuisable et est sans impact sur la biodiversité marine car, en milieu d’élevage, la croissance des algues microscopiques est exponentielle avec des concentrations pouvant atteindre 330 millions de cellules par millilitre contre 100 à 300 dans l’eau de mer (leur concentration cellulaire normale). Non seulement ce pétrole peut être utilisé dans le moteur au même titre que le pétrole fossile mais il présente également les mêmes dérivés que celui-ci (plastique, solvants, résines synthétiques, engrais…) et génère une production d’oméga 3 (acide gras essentiel très onéreux). Enfin, son principal avantage est sa rapidité de production, quarante-huit heures suffisent pour produire ce pétrole contre plusieurs millions d’années pour le pétrole fossile, ce qui n’est pas négligeable dans notre société où tout se doit d’aller vite. Cependant, ce nouveau pétrole n’est pas exempt d’inconvénients : produire ce pétrole nécessite la consommation d’énergies fossiles et sert donc plus d’énergie transitive. De plus, sa production nécessite plus d’énergie qu’elle n’en produit.

L’obstacle le plus gênant reste les contraintes géographiques que l’installation d’usines pose. En effet, la production d’algues est impossible dans des zones peu ensoleillées, empêchant ainsi d’installer des usines dans le Nord à moins d’avoir recours à l’énergie électrique, ce qui n’aurait plus aucun intérêt et serait très coûteux. Reste alors le Sud, mais là encore, les zones sont limitées, on aurait tendance à penser que les zones désertiques seraient les plus appropriées, de par leur fort niveau d’ensoleillement, mais c’est sans compter le fait que ces microalgues ont besoin d’eau pour vivre, et, bien qu’en petite quantité (16 à 20 litres par baril), cela reste impossible dans le désert où l’eau est rare. Faire venir l’eau par divers moyens engendrerait des modifications géographiques, et un coût gigantesque.

Pour peut-être réussir à pallier ces contraintes, et parvenir à des résultats concrets et viables, sont nécessaires au moins dix ans de recherches supplémentaires mais surtout un investissement énorme car le matériel utilisé pour la fabrication de ce pétrole est très onéreux.

Avec ses avantages et malgré ses inconvénients, le pétrole bleu est une solution parmi tant d’autres qui pourrait fonctionner s’il y avait de réels investissements, et une réelle envie de changer. Après la prise de conscience mondiale de l’impact du pétrole sur l’écologie et de sa prochaine disparition, de nombreuses recherches et travaux expérimentaux ont été menés pour tenter de trouver une alternative durable et propre aux énergies fossiles. Cependant cet élan a été fortement ralenti par la découverte, ces dernières années, de nouveaux gisements pétroliers qui ont mené à la recrudescence, voire à l’arrêt des études commencées. Les investisseurs se sont retournés vers la source la plus fiable générant de l’argent rapidement : les gisements pétroliers. Dans une société dépendante du pétrole, ce marché reste une vraie mine d’or. Les grandes firmes pétrolières, voyant d’un mauvais œil cette concurrence naissante, ont également participé au déclin de ces recherches, dont le pétrole bleu fait partie.

De surcroît, l’État ne participe pas non plus au développement de ce « pétrole bleu » : en le considérant comme un agrocarburant, il montre son désintéressement pour ce projet innovant. Son utilisation est ainsi réduite à seulement 7 % dans le moteur alors que BFS avait prouvé, lors d’un reportage diffusé sur TF1, qu’il pouvait parfaitement remplacer le pétrole fossile.

Finalement, tant qu’il y aura du pétrole à exploiter sur terre, on repoussera sans cesse le moment où investir dans les énergies alternatives et renouvelables ne sera plus une option.

Pour l’instant encore, l’argent reste un problème de taille, et en gagner passe avant toute morale. Ainsi, nous ne pourrons peut-être jamais savoir si ce « pétrole bleu » a une place légitime dans la transition énergétique, son principe servira peut-être d’exemple à d’autres projets ou sera supplanté par de nouvelles avancées plus performantes et économiquement et écologiquement viables.

Anjela (texte et dessin)

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