Comment je suis tombée amoureuse de « Guerre et Paix »

Samedi 21 septembre 2019, 18h55, CCDB, Lorient, la pièce va bientôt commencer. Ce soir se joue Pour l’amour de Léon, qui ouvre la saison du théâtre de Lorient. Je ne sais pas à quoi m’attendre, j’ai choisi cette pièce un peu par hasard, je n’ai même pas lu La Guerre et la Paix de Léon Tolstoï (classique de la littérature russe), pourtant fil conducteur du spectacle.

A cinq minutes du commencement, des gens arrivent encore, cela fait pas mal de monde dans ce petit hall. Il fait chaud, les gens discutent, rient et ont l’air beaucoup plus au fait que je ne le suis.

Je doute de plus en plus. Je prends une des feuilles de salle en évidence sur le comptoir, je la lis. Et là je comprends ce qui depuis était un peu trouble : la pièce se joue en cinq épisodes et le premier (ce soir) est le parcours du roman, de l’histoire, une sorte de résumé théâtralisé ; mais ce n’est qu’un cinquième de la pièce ! Heureusement, il est précisé que chaque épisode peut être regardé indépendamment.

Le premier épisode donc, augure l’union de la pièce entre roman et théâtre. Pour en avoir écouté quelques extraits, La Guerre et la Paix ne me semble pas être le roman le plus intelligible à mettre en scène, du fait même que c’est un roman et de son ésotérisme (l’histoire se passe en Russie au début du XIXème s., sur deux bords, l’un sur le champ de bataille contre Napoléon, l’autre, à l’arrière dans la bourgeoisie russe).

Mais soit ; vu le temps passé par Adèle Chaniolleau et Camille Pélicier (les créatrices du projet) sur cette pièce, je pense que le problème est plus ou moins résolu.

19h, on nous appelle, je ne comprends pas bien pourquoi personne ne se dirige vers la salle, tout le monde commence à s’asseoir dans le hall.

Je me souviens, encore une chose que je n’avais pas comprise, c’était pourtant clair : « épisode 1 : samedi 21 septembre, hall du CCDB ».

Nouvelle surprise donc, mais originale. Je suis tout de même sceptique, je ne m’y attendais vraiment pas.

A peine les gens installés, Camille Pélicier, assise au milieu de nous, commence. Je sens toujours cette légère angoisse que je ne vais rien comprendre. Mais très vite, Mademoiselle, du nom du personnage que joue la comédienne nous met très à l’aise ! En fait, le hall du théâtre prend l’allure d’un salon. Nous sommes les invités, elle est l’hôte.

Et c’est parti.

Pendant une heure et demi, nous devenons russes, je deviens russe. Transportée par le flots (presque) ininterrompu des paroles de Mademoiselle, d’une présence si puissante, qu’il m’est impossible de décrocher.

Avec son articulation parfaite, son éloquence captivante et son énergie folle, elle réussit à faire vivre cette intrigue, aux chemins pourtant si complexes.

Se jetant à terre lorsqu’elle est sur le champ de bataille ; déambulant dans le hall, parmi nous, à côté de nous, partout, toujours en mouvement, gesticulant. Elle sait très bien que, sinon, on va perdre le fil.

Un téléphone sonne et là, gage de son improvisation à toute épreuve, elle dit « et bien tant mieux, tient, ça fait une pause ! ». Je suis fascinée.

A un moment, prise dans l’élan du rôle d’une jeune fille, elle dégage toute la sensualité d’une adolescente passionnée… Juste accolée à une dame d’un certain âge qui visiblement ne sait pas où se mettre (situation point trop à l’aise je l’accorde).

D’un humour accessible, la pièce n’en n’est que plus séduisante.

Je sens la fin venir, Mademoiselle transpire, il fait très chaud, le rythme s’accélère, mais elle ne perd pas le fil, moi, un peu ; trop de personnages, trop d’actions, trop d’endroits.

Enfin, elle finit par la lecture d’un bout d’un des deux épilogues du livre, qui m’achève agréablement.

Elle sort. C’est fini. Elle revient saluer et comme si pour elle, nous avions réellement été ses invités elle nous invite à prendre un verre. Fabuleux.

Je comprends mieux le sens du sous titre de la pièce « ou comment je me suis perdue dans Guerre et Paix », Camille Pélicier, c’est Mademoiselle sans l’être, toutes les deux fascinées par ce roman et son auteur et qui grâce à cela nous ont permis de ne point trop nous perdre.

Je sors, avec l’envie incommensurable de lire Tolstoï et son œuvre monumentale.

Anjelassommoir (dessin d’Aerouann)

Pour l’amour de Léon ou comment je me suis perdue dans Guerre et Paix, la création d’Adèle Chaniolleau et de Camille Pélicier est à retrouver au CDDB à Lorient les 30 novembre (épisode 2), 18 janvier (épisode 3), 7 mars (épisode 4) et 28 mars (épisode 5). Pour rappel, chaque épisode peut être regardé indépendamment des autres.

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