Débauche, de Woodstock à Coachella

Y a plus de jeunesse. Nous on consommaient des drogues inconnues et on couchait avec le premier venu. A mon époque on était quand même travailleurs, on pouvait passer le weekend défoncé et être sur pied le lundi pour aller bosser. De mon temps, on avait des vrais amis, qu’on pouvait compter sur les doigts d’une main, aujourd’hui les jeunes ont les doigts fixés au téléphone, peuvent plus rien compter… C’était mieux avant, vraiment ?

On dit génération Woodstock, on dit génération de l’espoir. On dit qu’avant on se droguait pour s’amuser, et qu’on faisait la fête dans le respect. On nous raconte des vieilles histoires d’une autre époque où tout était possible, on nous dit qu’aujourd’hui on est triste, et qu’on ne sait plus s’amuser. Pourtant lorsque j’observe la jeunesse à laquelle j’appartiens, n’ayant jamais connu, c’est vrai, ces jeunes aujourd’hui devenus vieux, je vois des fêtes et des rires, de la débauche et du sérieux, et autant d’hétérogénéité dans notre société que celle qu’on nous vante et qu’on nous vend, celle qui était là, avant nous. Paradoxalement, j’ai entendu bon nombre d’adultes me dire que, nous les jeunes, n’avions plus de pudeur, que nous buvions pour boire, et que nous avions poussé la débauche dans ses extrêmes :

« La débauche est un usage jugé excessif et déréglé des plaisirs des sens ; en son acception classique, elle désigne particulièrement l’abus des plaisirs de l’amour et de la table. » (merci wiki).

Si certaines époques et certains groupes ont associé fêtes et débauche, c’est aussi que certaines idoles les ont faits cohabiter. Mes grands-parents déjà me racontaient leurs plus grosses parties de débauche comme leurs meilleurs souvenirs, comme quelque chose d’incroyable qui n’arrive qu’une fois dans une vie, un entrain incontrôlé des corps. Pourtant coucher avec le premier inconnu pour quelqu’un de cette jeunesse qui ne sait plus s’amuser paraît plutôt classique et même un peu lassant puisqu’on a inventé des termes comme le « walk of shame », qui désigne le retour chez soi après avoir un peu trop abusé. Alors peut-être qu’on pourrait dire que la débauche a été banalisée, qu’elle est devenue terne, qu’elle a perdu son exceptionnel.

Pourtant si on prend deux grands artistes de deux générations, leurs thèmes et les foules qui les suivent et les adulent, ne sont pas si éloignés : là où Jimi Hendrix chantaient les effets de la drogues sur lui, lil pump chante ses addictions. Bien sûr dans deux styles opposés, et si l’un parle de sensations, l’autre de voitures et d’argent. Voilà peut-être un changement radical dans la débauche.

Mais si l’époque n’est pas la même, on passe par les mêmes phases que nos grands parents et que leurs parents avant eux : les excès nous permettent d’explorer les limites, nos limites. Grâce à cela, on est vivants et on devient plus grands. Attention, je n’incite pas à la débauche. On ne peut pas l’ignorer, elle fait partie de nos vies à tous, qu’on s’y adonne ou pas, qu’on la condamne ou qu’on en passe l’apologie.

Le mieux est donc d’essayer de comprendre pourquoi elle existe. Peut-être qu’en faisant comme cela, on évitera mieux les dangers qui l’accompagnent.

Paul-Ka

(Jimi Hendrix en image : libre de droit sur flickr.com)

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