Belle-Ile en son

Comment qu’on fait la fête à Belle-Ile-en-Mer ? Bah oui, tiens, c’est vrai ça, lorsque tu viens sur l’île, inconnue et toute fraîche, sa beauté te fait miroiter mille plaisirs et cette question ne te vient pas à l’esprit. Mais quand tu commences à récidiver l’expérience une, deux, trois, quatre… 10 fois, c’est légitime de te demander comment tu vas bien pouvoir faire la teuf sur ce petit bout de caillou, n’est-ce pas ?

Être jeune à Belle-île peut paraître à la longue un peu chiant, c’est sûr que si on s’en tient à la seule boîte de nuit de l’île pour divertir la jeunesse, bon, on tourne vite en rond. Et puis outre les soirées sur la plage à fumer des joints et boire du rhum, on peut se demander, où diantre peut-on trouver du gros son pour danser jusqu’au lever du soleil ? Tu l’auras bien compris, Belle-île n’est pas seulement réputée pour ces criques paradisiaques et ces paysages somptueux !

« J’aime ton côté hostile caché sous tes airs tranquilles » chante Volodia dans son son Un été à Belle-île, un beau résumé du caractère unique de l’île.

De l’amitié

Depuis près de vingt ans, toute une culture sound system s’est créée sur l’île, toujours renouvelée par des jeunes avides de bon son et de rassemblements sympatoches.

Les jeunes Bellilois ne sont pas prêts de lâcher la relève, toujours là à construire eux mêmes leur mur de son, parfois en partant de vraiment rien. Juste une bande de potes qui n’a pas envie de dépenser sa tune sans raison et qui décide d’acheter des enceintes, et qui au fur et à mesure acquiert du matos de plus en plus pro. Ça donne une dizaine de collectifs tels qu’Untitled, Islanders, Dub Dealing, Jungle Army, Heartikal, Taleba, Crew Jah Sound et Likkle Waxx.

Des plus expérimentés aux débutants, pas un ne met de bâtons dans les roues des camarades, au contraire c’est tout le temps de l’entraide ; un générateur qui tombe en panne à 2h du mat’ ? Tant pis on va en chercher un autre ! Merde, il pleut ! Attends je vais chercher une bâche !

L’idée est née aux débuts des années 2000 ; déplorant le manque d’animation sur l’île, trois potes -Jehan, Laurent et Renan- passionnés de dub et de reggae, choisissent d’organiser des soirées dans des blokhaus de l’île, sous le nom de Promising Crew.

Les débuts n’ont pas été de tout repos, avec pour seul investissement un petit système son agrémenté d’enceintes récupérées un peu partout, c’était vraiment la dèche.

Mais l’initiative n’est pas tombée dans l’oreille de sourds ; d’autres collectifs ont commencé à éclore et à suivre le mouvement.

Au fil des années, les sound systems ont grimpé en fréquentation ; donnant naissance à une nouvelle culture belliloise.

De l’organisation

Ces soirées sauvages prennent vie principalement l’été (c’est quand même mieux pour faire la teuf à l’extérieur), dans des petits bois, au mieux au plus loin des habitations. Toujours annoncées pas plus tard que la veille ou le jour même elles rassemblent des gens totalement différents, de 13 à 50 ans, autour d’une même raison : profiter et s’éclater.

Le hic au début, c’était l’impopularité et le nombre des fêtes qui dérangeaient les riverains (jusque quatre par semaine) et puis, après, lorsque le concept a fait ses preuves, d’autres questions se sont posées, comme les problèmes de sécurité, de voisinage, de nuisances sonores etc. Nombre de plaintes sont tombées, les organisateurs ont pris pas mal de PV pour tapage nocturne mais malgré les complications, ces soirées ont tenu bon, pour finalement parfaitement s’intégrer dans les mœurs.

Les gendarmes ne sont plus à cran, il n’y a plus de courses poursuites dans les champs, les enceintes sous le bras, plus de doute sur la fiabilité de ces fêtes, aux organisateurs de plus en plus responsables. Aujourd’hui, les rapports sont posés, même si quelques bellilois grincheux et résidents secondaires pas contents continuent de montrer leur mécontentement. En général, les organisateurs essaient de prévenir la mairie et la police avant tout rassemblement. Les sound sytems restent interdits mais sont tolérés.

La population a compris que ces soirées ne faisaient de mal à personne et qu’au moins, elles permettaient aux jeunes (et moins jeunes) d’avoir des moments pour se retrouver et faire la fête.

De la responsabilité

Par ailleurs, ces dernières années, de plus en plus de discussions ont été organisées avec les maires et les autorités autour des dangers éventuels.

Une association de sécurité routière Noc’Noc’ a été créée pour sensibiliser aux risques de la route et des navettes ont été mises en place. Une initiative nécessaire en vue du nombre de jeunes qui s’y rendent ou rentrent à pied, sans lumière, sans gilet, habillés en noir sur le bord de la route.

Évidemment, ces soirées entraînent des réticences, que ce soit par rapport à la consommation de drogue ou d’alcool ou par rapport aux possibles dégradations dans les jardins alentours. Mais globalement, les sound sytems se sont inscrits dans les mentalités.

Pour les bellilois, c’est presque un passage obligé dans la jeunesse. Si tu es jeune à Belle-île et que tu veux faire la fête, tes choix sont plus que limités, et cette possibilité n’est pas une des moins attirantes. Les étés s’écoulant et leur notoriété grandissant, ces soirées ont donné naissance à un événement de plus grande ampleur et cette fois-ci légal  : le festival Island Station, fondé en 2015 par le collectif Untitled. Né de la volonté de quelque chose d’un peu plus officiel, avec des artistes venus du continent, le projet s’est vite concrétisé et attire chaque année de plus en plus de monde.

Les 26 et 27 juillet derniers, le festival affichait complet pour sa quatrième édition. Le maire de Le Palais (la commune principale de l’île), Frédéric Le Gars, reconnaît cette réussite. « Il s’agit désormais d’un phénomène totalement intégré à Belle-île. C’est devenu une façon d’y vivre sa jeunesse. »

Un soundsystem à Belle-ïle, ça vous dit. Rendez vous en 2020 !

Anjelassommoir (texte et photos)

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