Séparer l’humain de l’artiste… Hmmm….

Ces derniers temps, et plus précisément depuis le lancement du mouvement #metoo, la question de séparer l’humain de l’artiste s’est imposée. Après une cérémonie des Césars désastreuse où Roman Polanski pourtant reconnu coupable d’agression sexuelle et de viol a été nommé meilleur réalisateur, le débat est plus que d’actualité.

Tout d’abord, définissons l’artiste pour que l’on s’entende sur le terme que l’on emploie. Un artiste est quelqu’un qui, volontairement ou involontairement nous fait réfléchir sur nous-même et sur le monde qui nous entoure à travers l’exercice de son art (dessin, peinture, théâtre, écriture…)
Je pense qu’il est nécessaire de préciser que l’artiste n’est pas un être autonome et qu’il n’existe qu’à travers l’être humain.
S’il est facile d’accorder que lorsque l’œuvre d’un artiste contient des propos misogynes, sexistes, pédophiles, haineux, violents qui traduisent des actes commis dans sa vie (Matzneff), l’être humain est nécessairement accusé ; il est plus compliqué d’associer les deux dès lors que le comportement de l’humain ne se traduit pas dans son expression artistique ; c’est le cas de Céline, qui, bien qu’ouvertement antisémite, a écrit certaines œuvres qui ne contiennent aucun de ses propos haineux, ou encore celui de Peter Handke dont la victoire du prix Nobel de littérature a été contestée car il se serait positionné pro-serbe durant la guerre en ex-Yougoslavie mais encore une fois ses écrits ne traduisent pas de ses opinions. Lorsque, cette fois, l’humain ne s’en tient plus à des opinions mais en vient aux actes, la séparation devient difficile.

De nombreux artistes dont les œuvres sont reconnues et appréciées ont été accusés d’agressions sexuelles, de viols ou de féminicide mais néanmoins leurs œuvres ne contiennent souvent aucun propos susceptible d’argumenter l’accusation. Évidemment, une personne ne se réduit pas à quelques actes et/ou opinions mais tout de même cela dépend des actes. En effet, si j’apprécie un livre pour sa qualité littéraire et que j’apprends que son auteur a commis un viol, il me semble compliqué de continuer à voir l’œuvre et de fait l’artiste de la même manière (d’autant plus lorsque celui-ci est encore vivant).
Si, tout averti.e des actes de Polanski ou d’autres artistes qui n’ont actuellement pas été punis, je vais voir leurs œuvres – notamment J’accuse – je permets à ceux-ci de continuer à prospérer et par là, je cautionne leurs actes, je prends parti. Continuer à financer des artistes qui, en tant qu’être humain – si tant est que ces deux êtres soient séparés – sont accusés de viols, d’agressions sexuelles ou de féminicides participe à la stagnation, au non changement. Lorsque l’on voit Polanski être récompensé comme artiste aux Césars alors qu’il a commis des atrocités avérées en tant qu’humain je me demande comment l’on ne peut pas voir que ce sont une et même personne. Ne sont-ce pas les mêmes mains qui écrivent des scénarios, portent des caméras et touchent le corps de femmes sans leur consentement ?
De fait, je suis convaincue que si des artistes (que je ne différencie pas de l’être humain) accusés ne sont pas encore jugés et/ou punis, il est primordial de NE PAS continuer à les financer en allant voir, écouter ou lire leurs œuvres car ce comportement signifie : « Oh, t’as violé une meuf, c’est pas cool, mais tiens, je te donne de l’argent pour que tu continues ».
Belle perspective n’est-ce pas ? Je crois au boycott des œuvres dont l’artiste accusé est toujours vivant et non puni. Si on répudie les violences faites aux femmes (ce qui est, je l’espère une opinion commune) mais que tout de même, on continue à financer des violeurs et des agresseurs, il y a, vous en conviendrez, une légère contradiction entre nos idées et nos actes. Ce type de comportement stérilise toute avancée et les mentalités n’évolueront pas si l’on continue à se contredire de la sorte. Je dis : suivons l’exemple de Socrate et mourrons plutôt que de contredire la conduite et les idées que l’on défend (peut être pas mourir quand même hein).
Mais quand est-il de l’artiste décédé ? Sur ce point, vu que par définition, il ne peut plus recevoir les profits du succès de son œuvre, je pense que le boycott n’est plus nécessaire (si tant est que l’œuvre ne contiennent aucun propos violent, haineux ou autre).

Pour les artistes ayant purgé leur peine, libre à vous de choisir de continuer à apprécier leurs œuvres. Dans tous les cas, posez vous les bonnes questions, et demandez vous dans quelle société vous voulez évoluer.

Ainsi, même si dans certains cas il est plus facile de trancher que d’autres l’artiste et l’humain sont une seule et même personne. Je te propose donc de faire ta liste, de te questionner sur ce que tu vois ou écoute et sache que les choses ne peuvent bouger que si toi, petit individu que tu es, décides de bouger.

Il reste assez d’artistes qui sont intègres à eux.ellles-mêmes et sont bon.ne.s autant dans leur vie que dans leurs œuvres pour que tu ne t’encombres pas avec des personnes malsaines et dégueulasses.

Anjela

(image libre de droit sur pixabay.com)

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