Du métal et de l’HYPNO5E : l’interview

Au programme de cet article, plongée dans l’un des genres musicaux les plus décriés… Le Métal… Et pour aller plus loin encore, on vous propose une interview, celle d’hypno5e… Accrochez-vous.

Le métal est un genre musical sujet à d’énormes quiproquos. A première vue, il n’est pas mélodieux et possède une aura de violence conférée par son style sombre, par ses fans (excentriques ?) ou encore par les idéaux d’une minorité de ses artistes. En bref, à part pour une poignée d’initiés, le métal se résume à un bruit pas vraiment audible et une communauté violente.

Cette vision est renforcée par le fait que la communauté métalleuse reste très renfermée : on entend jamais du métal sur les ondes (à part les radios spécialisées) et les seules fois où l’on parle de métal dans les médias, c’est quand il est mis en cause dans un fait divers et présenté comme convertissant les jeunes à la violence aveugle. Cependant, il faut rappeler que cette violence apparente a un but : la catharsis.

Pour ceux qui n’ont pas suivi en cours de français, la catharsis, c’est un phénomène qui se produit chez l’auditeur/le lecteur/le spectateur et qui consiste en l’expiation des pulsions, des passions, de la violence humaine à travers une oeuvre. En vivant une expérience, on éloigne de soi les pulsions les plus dévastatrices et dangereuses et on peut ainsi vivre normalement.

Le métal, tout sous genres confondus, tend vers cette catharsis ; c’est pourquoi beaucoup de métalleux le considère comme le plus poétique des genres musicaux. En effet, les morceaux sont remplis de métaphores (plus dans l’ambiance musicale que dans les paroles) et reposent beaucoup sur les sonorités. Le son, alors, n’est qu’un support pour l’expression des sentiments qui hantent les Hommes, c’est pourquoi le métal est violent : parce qu’il est conçu comme un défouloir. Ainsi, comme le dit Bernard Werber (l’écrivain de la saga des fourmis entre autres),

“le hard rock, si on ne l’écoute pas, peut sembler une musique violente et assourdissante. On la subit, et pratiquement aucun animal ne supporte de rester à côté d’un baffle diffusant du hard rock. Pourtant, on peut non pas subir, mais utiliser cette énergie pour l’absorber et la détourner.”

Apprécier le métal prend donc du temps et un effort de compréhension, de réflexion. Il faut également pouvoir laisser de côté les préjugés bien trop tenaces que l’on associe à ce genre.

Comme tout autre genre musical, le métal est composé de nombreux sous genres et provient lui même d’autres genres. Il découle en effet du hard rock qui vient du rock, qui vient du blues, etc. Certains de ses sous genres sont très représentés comme le heavy métal, d’autres, plus extrêmes, comme le black ou le death métal ont moins de visibilité. D’autres encore commencent à émerger comme le « le métal cinématographique ».

Nous avons pu interviewer Hypno5e le samedi 1er février à Hydrophone. Un groupe pionnier de ce nouveau sous-genre. Hypno5e est un groupe créé en 2003 qui fait donc du “métal cinématographique”. Ils ont récemment sorti leur 5e album nommé “a distant (dark) source”.

Pour vous donner une idée de leur popularité dans le monde du métal, ils ont déjà joué en première partie de mastodontes comme Gojira. Pour découvrir le groupe, on vous conseille d’aller écouter la chanson “on the dry lake” tirée de leur dernier album et dispo sur youtube. On vous laisse donc avec cette interview dans laquelle on évoque le travail d’Hypno5e, l’histoire du groupe et certaines problématiques liées au métal en général.

Gazette : Qui êtes vous ? Pouvez vous vous présenter en quelques mots ?

Jonathan : On est Hypno5e (ndr : se prononce Hypnose), un groupe de métal ambient experimental, dit “cinématographique” composé de 4 musiciens : Manu à la guitare et à la voix, Gredin à la basse, Théo à la batterie et Jonathan à la guitare.

Gredin : Le groupe est vieux de 15 ans. On a bougé un peu partout en France, à cause d’événements dans nos vies : Avignon, Lozère, Paris, Bordeaux…. On a aussi joué un peu partout dans le monde : aux US, deux fois en Australie, en Inde, en Europe, et deux fois en Asie. (nb: Hypno5e est actuellement au Mexique !)

Théo : C’est la longévité qui fait qu’on voyage !

Pourriez vous nous clarifier ce qu’est le métal cinématographique, ou du moins votre propre conception de votre métal ?

Manu : Hypnose fait du métal ambiant : de longs morceaux (10, 18 min) passant par plusieurs endroits différents. Il y a des périodes très calmes, d’autres plus violentes…. L’idée, c’est qu’on se retrouve avec des contradictions, que le son va évoluer. Dans certaines parties, on sera plus dans de la folk, des musiques andines, avec des instruments qui ne sont pas typiques du métal et dans d’autres on trouvera du métal plus classique, style death metal. On circule donc à travers plusieurs choses : c’est ce qui définit l’identité du groupe.

Jonathan : On nous a dit “cinématographiques” et on a accepté d’être labellisés ainsi parce qu’on représente de nombreux sous-genres musicaux, de métal ou non, dans un seul morceau. On voit notre musique comme une trame narrative, c’est pourquoi le terme “cinématographique” résume assez bien ce qu’on fait.

Manu : On utilise beaucoup de samples de films, on travaille aussi avec l’image… On a toujours été liés au cinéma, même dans la construction du morceau. Avec les samples, on peut créer une sorte de petite discussion à travers le son, c’est comme une sorte de film qu’on écoute.

En temps normal, ça veut dire qu’il y a des projections derrière vous ?

Manu : Oui, mais ce soir la scène est trop petite donc on n’a pas assez de place pour faire ça.

Theo : On peut pas ramener des gens dans la grande salle pour que le concert soit viable financièrement. Quand tu es dans le métal, tu connais tout le monde, c’est une grande famille étendue mais d’un point de vue externe, le métal c’est une petite niche dans la musique ! C’est moins fréquenté que les artistes qui vont faire de la variété.
C’est juste une question de combien le public est disponible pour écouter ce qu’on fait.

Quelles sont vos influences au sens large : cinématographiques, musicales, littéraires…. ?

Manu : On écoute tous des choses différentes… Moi j’écoutais pas mal de classique au début d’hypno5e. Maintenant, j’écoute pas mal de musique latino parce que j’ai grandi en Amérique du sud et du post rock, des choses comme ça…. Des musiques assez mélancoliques en général. Au final, le métal c’est pas forcément le principal style de musique qu’on écoute.

Théo : C’est parce qu’on a tous une formation différente. Moi je suis allé au conservatoire de jazz, je me suis professionnalisé vers 15 ou 16 ans et j’ai donc pu jouer dans pleins de styles différents. Après, c’était aussi pour pouvoir vivre de la musique car si je n’avais joué que du métal, je ne serais pas là aujourd’hui : j’aurais pas pu manger, avoir une voiture….
Le métal, c’est une passion. On a pris toutes nos influences de métal et on les a réunies dans ce qu’est Hypno5e aujourd’hui. Pour le reste de la musique, on écoute de tout. Moi, par exemple j’ai joué dans des trucs de reggae, de fanfares, de hip hop,de rock, de punk…

Jonathan : Moi je suis assez métal moderne et tout ce qui reste un peu mélancolique… C’est ça aussi qui nous rapproche autour de la musique d’Hypnose : de la violence, de la tristesse, du conflit etc. J’accroche pas du tout avec la musique joyeuse ou pour faire la fête.

Pourquoi faire ce genre de musique (triste et violente) ?

Jonathan : Je pense que c’est ce style là qui véhicule le plus de sensations. Le triste c’est pas mauvais, ça peut mettre de bonne humeur !

Théo : C’est cathartique. On est zen en dehors de la scène. Pour nous et pour le public, c’est important d’évoquer cette tristesse et cette mélancolie de manière universelle pour que le reste du temps, ça soit évacué.

Manu : Les gens qui font toujours de la musique gaie, ils cachent un truc. (rires)

Théo : Dans le dernier album (“A distant (dark) source”), on a évolué sur des thèmes un peu différents. La mélancolie c’est toujours un dénominateur commun, mais on commence à faire des trucs pas “joyeux” mais avec plus d’optimisme. On n’est pas là pour dire que le monde est pourri ou qu’on déteste les gens. Si on fait du métal, c’est surtout parce que ça fait du bien de gueuler, ça fait du bien de taper fort.

Ça vous vient d’où votre envie de raconter une histoire dans la musique ?

Manu : Les albums que je compose, j’essaye de les créer comme des films. J’écris ma musique comme un scénario avec l’idée de développer une sorte de trame narrative qui commence au début de l’album et qui se finit à sa fin. L’histoire n’est pas seulement développée par les paroles mais aussi par les sensations que pourront avoir les auditeurs ou par les samples qu’on va mettre à travers l’album. Les albums, tels qu’on les construit, s’écoutent d’une traite : c’est vraiment comme un film qu’on pourrait écouter les yeux fermés.

Dans ce cas, est-ce qu’on pourrait dire que c’est un peu comme dans une pièce de théâtre : un lieu, une journée, une série de personnages ?

Manu : Oui, il y a une forme de dramaturgie mais c’est pas clair, au sens où il n’y a pas d’introduction. On traverse le même espace. C’est comme si on était dans un lieu et qu’on traversait ce lieu avec la musique comme un espèce de chemin et que cet espace était habité par des personnages.

Ça se ressent aussi dans vos clips, avec ce désert qu’on traverse sur l’album “Les ombres errantes”.  D’ailleurs y-a-t’il un sens particulier au choix du désert ?

Manu : J’adore les grands espaces arides, désertiques, avec des horizons très larges. Le désert, c’est brut, c’est dur : ça laisse naviguer l’esprit. Dans le désert, il y a peu de choses auxquelles se raccrocher, ça nous renvoie à notre propre intérieur.

Théo : Ici, en l’occurrence le désert, c’est un endroit que Manu connaissait quand il était en Bolivie et où il passait du temps. Ça pourrait être un lieu différent pour n’importe quelle personne. C’est un exemple de lieu où on est seul avec soi même, c’est pas un truc absolu.

Et sinon “Hypno5e” ça vient d’où ?

Manu : Le 5, on l’a gardé du premier EP qu’on a sorti avec le groupe. Le nom, c’était hypnose mais écrit en chiffre (genre h92053). C’était un peu adolescent donc on a simplement gardé le 5 en référence.

Pour finir, est ce que vous auriez des oeuvres à conseiller (aux lycéens) genre musique, films, bouquins etc. ?

Théo : En musique (pour vous les » jeunes » (nb: Théo est le plus jeune du groupe) (je vous dirais d’aller écouter King Crimson, l’album “In the court”, Yes, Pink Floyd et Prince. Pour Yes,  je vous conseille « Close to the edge” qui est une chanson de 20 min. Elle durait exactement la bonne durée quand j’attendais mon bus, du coup je savais qu’à la fin de la chanson mon bus arrivait. Je l’écoutais tous les jours et c’est en partie ce qui m’a permis d’apprécier la musique progressive dans le sens longue chanson, différents mouvements etc…

Manu : Les films que j’adore en ce moment c’est les films de A.A. Tarkovski et ceux de Kiyoshi Kurosawa pour ceux qui aiment bien l’horreur le fantastique, tout ça…. En littérature faut lire Georges Bataille “le bleu du ciel” et “l’histoire de l’oeil”.

Jonathan : Je conseille “Burn after reading”, je l’ai regardé il n’y a pas longtemps et il m’a plu. Sinon il y a les films de Quentin Dupieux et son alias musical Mr. Oizo

Gredin : Dans les films d’horreur, il y a “Peur sur le green” qui est rigolo. C’est une tondeuse qui se met à tuer des gens… (rires). Non je conseillerais plutôt un bouquin: “Conversations avec John Cage” de R. Kostelanetz.
John Cage était un musicien qui faisait de la musique au hasard. C’est à dire que, par exemple, il prenait une photo du ciel la nuit, il faisait un plan de la position des étoiles et il le mettait directement sur une partition. Du coup chaque étoile faisait une note selon sa position. C’est complètement perché mais ça reste musical. Au niveau politique, c’est assez intéressant aussi.

Merci beaucoup, c’est la fin de l’interview !

Cap et Margaux (photos de Guillaume Kerjean)

Cet article été réalisé en collaboration avec Speed web (www.speedweb.fr), qui nous a permis d’obtenir l’interview et nous a fourni les photos.
Vous pourrez y retrouver l’interview d’ After the end, groupe lorientais crée en 2016 que nous avons également rencontré lors de cette soirée.

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